Deuil public ou Slacktivisme?

#PrayforParis, #JeSuisCharlie, #Kony2012, #BringBackOurGirls et beaucoup d’autres. Quelles sont les motivations qui se cachent derrière ces mouvements?

Véritable activisme ou mode passagère ?

Profil
Trendy or being sheep?

Pleurer la tragédie de quelqu’un d’autre sur les réseaux sociaux, empathie ou narcissisme ? Le weekend après les événements du 13 novembre à Paris, Facebook a complètement changé de visage. Images de profil avec le    drapeau français, #PrayforParis, images de la Tour Eiffel comme symbole de paix. Mais quelles sont les motivations derrière tout ça ? Réelle empathie envers les victimes ou plutôt un besoin intrinsèque de montrer son propre soutien, uni à la pression sociale des autres usagers/amis ?

Selon les tendances récentes, à chaque fois qu’il y a un besoin de changement ou qu’une tragédie touche quelqu’un, la première chose que l’on fait est de montrer son soutien en aimant une page Facebook ou en changeant l’image de son profil. Ces actions sont certainement un bon point de départ, mais dans la plupart des cas, il s’agit aussi d’un point d’arrêt dans cet activisme en ligne.

« People are motivated to control and craft their public persona. These events offer an opportunity to present themselves as ‘good people’ and/or people who are knowledgeable. » Karen North, professeure en communication à l’University of Southern California.

Paris
Do you like it?

Les médias sociaux offrent certes une grande opportunité pour rendre les gens conscients d’une problématique ou simplement pour les informer rapidement d’un événement. On peut par exemple penser au « Ice Bucket Challenge », qui a aidé à récolter plus de 115 millions de dollars, ou encore au « Safety Check », activé pendant les attentas de Paris, ainsi qu’au hashtag #PorteOuvertes pour offrir des abris aux Parisiens dans le besoin. Mais parfois, malheureusement, apparaître soucieux est plus attrayant que de se soucier réellement. Poster ces hashtags et ces images en soutien à Paris peut certes aider à dépasser un événement négatif de ce type, mais il est aussi un moyen pour avoir la conscience tranquille, pour sentir que l’on a fait quelque chose de bien en y ayant pensé. Ça nous permet d’agir moralement. De plus, le besoin d’originalité est omniprésent, presque plus puissant que celui d’exprimer sa propre solidarité. Ceci est par exemple démontré par la recherche presque obsessive d’images de la Ville Lumière qui soient les plus distinctes possibles.

Le Slacktivisme est défini par le Oxford Dictionaries comme une action se déroulant sur Internet, en soutien à une cause politique ou sociale, qui requière peu de temps ou d’engagement, comme par exemple rejoindre un groupe sur les réseaux sociaux.

Cafe
Quelle nouvelle tragédie?

Mais combien dure cet engagement? Probablement jusqu’à ce qu’une nouvelle tragédie s’impose dans les médias et remplace la précédente. L’option de Facebook à ce propos, donnait aussi la possibilité de définir la durée du drapeau sur sa photo de profil, de manière à ne pas devoir se demander, quand il aurait été moralement acceptable de l’enlever.  Parce qu’au fond, c’est toujours de notre image dont on parle.

 

 

(Auteur: Alessandra Vismara)

A lire ailleurs:

 Sources :

La théorie des liens faibles au temps des médias sociaux

Le sociologue américain Mark Granovetter théorisait en 1973 la force des liens faibles dans les relations sociales. Comment ce concept a-t-il changé et évolué avec l’apparition des médias sociaux?

La théorie des liens faibles de Granovetter fait référence à la possibilité d’exploiter les soi-disant weak ties, pour la recherche d’un emploi et la création d’un réseau plus ample de connaissances. Cette théorie a acquis encore plus d’importance avec l’arrivée des médias sociaux et surtout dès la découverte des potentiels avantages personnels liés à son exploitation qui l’a rendue encore plus actuelle.

Network
L’importance des liens faibles dans le Networking

Les liens faibles dans le contexte professionnel ont été recherchés par le sociologue américain Mark Granovetter en 1973. Il a demandé à un échantillon aléatoire de professionnels – qui venaient de changer d’emploi – comment ils ont trouvé leur nouveau poste. Parmi ceux affirmant avoir trouvé le job à l’aide de contacts, le 55% a attesté l’avoir obtenu grâce à des personnes qu’ils voyaient « occasionnellement » et le 27% par des contacts qu’ils rencontraient « rarement ». Autrement dit la plupart des interviewés ont trouvé leur nouvel emploi grâce à des liens faibles.

Les weak ties représentent les relations les plus éloignées de notre réseau personnel, à savoir des personnes qui – au contraire de nos strong ties – ont des intérêts et des contacts diversifiés de notre cercle plus proche, et qui ont donc un accès élargi aux différentes opportunités du marché.

Les liens faibles au temps des médias sociaux

Mais quelle est l’application de cette théorie, après l’arrivée des médias sociaux ? Est-elle encore plus d’actualité grâce aux nouveaux moyens de communication?

“If you don’t have a profile on LinkedIn, you’re no where” – Jessi Hempel, FORTUNE magazine

A ce propos, une étude de l’Université Carnegie Mellon de Pittsburgh a analysé les nouvelles dynamiques du networking au temps du Web 2.0. Les médias sociaux fournissent un réseau élargi pour la recherche d’un emploi. En effet, les recruteurs ont la faculté de localiser les amis des amis des amis plus facilement et plus vite que jamais. Au delà de ça, pour ceux qui sont à la recherche d’un job, le réseau total de contacts croît exponentiellement en facilitant l’accès aux différentes opportunités.

Selon les enquêteurs, les médias sociaux renforcent aussi le capital social de l’individu en lui permettant de maintenir un nombre croissant de relations. Les auteurs ont analysé la quantité et le type de relations instaurées sur deux médias sociaux, à savoir Facebook et LinkedIn. Bien que le nombre de liens par personne reste environ le même pour les deux – 135 pour Facebook et 146 pour LinkedIn – la nature de ceux-ci est toutefois différente. En moyenne, ces usagers ont 48 strong ties sur Facebook, et seulement 15 sur LinkedIn. Donc, selon la thèse de Granovetter, ces 131 contacts de LinkedIn seront plus utiles pour trouver un emploi que les 15 liens forts.

Les médias sociaux deviennent aujourd’hui un moyen pour augmenter son propre réseau de connaissances et cultiver ses propres liens faibles de manière encore plus étendue. La théorie de Granovetter devient ainsi plus qu’actuelle dans le domaine de la recherche d’emploi en exploitant le networking.

Sources:

  • Garg, R.; Telang, R.; Bowman, D.; Johannsen, M. (2010): Job Search on Online Social Networks. URL: http://www.andrew.cmu.edu/user/rgarg/linkedin/Research_Report%20-%20Linking_on_LinkedIn.pdf.
  • Grenovetter, M. (1973): The Strenght of Weak Ties. En: American Journal of Sociology, Vol. 78, Issue 6. URL: https://sociology.stanford.edu/sites/default/files/publications/the_strength_of_weak_ties_and_exch_w-gans.pdf.
  • Hoffman, R. (2012): Allies and Acquaintances: Two Key Types of Professional Relationship. URL: https://www.linkedin.com/pulse/20121126205355-1213-allies-and-acquaintances-two-key-types-of-professional-relationships?trk=mp-reader-card.
  • Walk, H. (2013): Weak Ties Are The Most Powerful: Meet Folks Outside of Social Groups. URL: https://www.linkedin.com/pulse/20131021232037-7298-weak-ties-are-the-most-powerful-meet-folks-outside-of-your-social-graph.

Source de l’image:

  • Walk, H. (2013): Weak Ties Are The Most Powerful: Meet Folks Outside of Social Groups. URL: https://www.linkedin.com/pulse/20131021232037-7298-weak-ties-are-the-most-powerful-meet-folks-outside-of-your-social-graph.

(Auteur: Alessandra Vismara)