CHINE : BIG DATA IS WATCHING YOU

Le gouvernement chinois prévoit de lancer un « Système de crédit social » en 2020. Le but de ce dispositif ? Juger du niveau de fiabilité de tous ses citoyens en leur attribuant une note globale.

Acheter en ligne, visionner du contenu ou encore interagir sur les réseaux sociaux font partie de notre quotidien. Au fil de nos navigations, nous laissons derrière nous des traces qui sont collectées par différents services. Jusqu’ici, rien de nouveau. Imaginons maintenant que ces comportements soient évalués comme positifs ou négatifs puis traduits en un seul score. Un nouveau scénario tout droit sorti de l’imagination d’Orwell ? Non, celui du gouvernement chinois, prévu pour ses citoyens en 2020.

Une note à partir des données personnelles

En juin 2014, le Conseil d’Etat de Chine publiait officiellement sa volonté de développer un système permettant d’attribuer une note de crédit social à chaque citoyen sur la base de données financières, sociales, politiques et juridiques. Le document officiel a ensuite été traduit et posté par Rogier Creemers, chercheur à l’Université d’Oxford.

Selon le gouvernement chinois, l’objectif de ce système est de renforcer la confiance à l’échelle nationale et de construire une culture de la sincérité.

Comment ça marche ? Une phase d’essai

Huit entreprises privées se sont vues octroyer une licence pour développer un projet pilote. L’un des plus connu, Sesame Credit, a été mis au point par Ant Financial Credit Group, une filiale du géant Alibaba e-commerce. Celui-ci exploite la plus grande plateforme de vente en ligne au monde.

Sesam credit prend en compte cinq facteurs pour calculer le score de ses utilisateurs :

  1. L’historique de crédit : Avez-vous payé vos factures dans les délais ?
  2. Les obligations contractuelles : Avez-vous respecté vos contrats ?
  3. Les caractéristiques personnes : Quelle est votre adresse, quel âge avez-vous ?
  4. Le comportement et les préférences : Combien de temps visionnez-vous des vidéos par jour? Quelles sont vos habitudes d’achat ?
  5. Les relations interpersonnelles : Qui sont vos amis? Quels échanges entretenez-vous à propos de la politique du pays ?

Quelles implications pour les citoyens?

Pour l’instant, la version d’essai du système de crédit social Sesame Credit n’est pas obligatoire pour les citoyens. Comment expliquer les millions de participants volontaires ? Un bon score va de paire avec certains privilèges, comme par exemple celui de se présenter en check-in VIP à l’aéroport de Beijing. Le statut social joue également un rôle : un mois après le lancement de Sesame Credit, 100’000 citoyens avaient déjà affiché leurs scores sur l’équivalent chinois de Twitter.

Le revers de la médaille ? Le gouvernement chinois a déjà publié une liste dessanctions possibles lorsque le système s’appliquera à tous les citoyens en 2020. De la connexion internet plus lente, à l’accès restreint à certains loisirs ou certaines écoles privées, un faible score affecte tous les domaines de la vie en société.

Le Système de crédit social représente le scénario catastrophe par excellence: celui d’une disparition de la vie privée par une totale mise à nu de la vie numérique.

A lire ailleurs : 

(Source des images : media.breitbart.com/media/2015/09/chinag-cyber-hackers-Reuters-640×480.jpg / https://img.washingtonpost.com/rf/image_1484w/2010-2019/WashingtonPost/2016/10/21/Foreign/Images/China_SocialCreditSS.jpg?uuid=ttmVlpeWEea7Kb8nAdvgow)

Auteur : Floriane Siegenthaler

Relecture : Julia Siegenthaler

L’identité à l’ère du numérique: nos traces sur le web

traces

Parmi les médias existants, Internet est peut-être le plus démocratique de tous car il permet une liberté d’expression presque totale.  En même temps, Internet offre un sans fin de possibilités vraiment formidables et presque de manière gratuite. Pour en profiter, la seule chose que nous devons faire c’est simpl
ement naviguer sur le web.

Sélectionner une image de profil, fournir quelques informations personnelles. Un petit commentaire par ici, une jolie photo par là et voilà, on y est! À partir de là, notre identité numérique complémentera notre vie réelle et, peut-être, la rendra encore plus intéressante.

Autant facile que ça, notre génération a trouvé dans les blogs et les réseaux sociaux des dispositifs de production et reproduction de soi  à travers lesquelles nous pouvons créer, commenter,  donner un avis, partager et établir des liens sociaux ou professionnels.

Ainsi, ces outils facilitent la réalisation de pratiques soit de redéploiement du bien commun, soit comme un acte affirmatif pour satisfaire un besoin de reconnaissance.

Cependant, Il n’y a pas de telle chose comme un repas gratuit. Avoir une identité numérique implique produire une collection de traces que nous laissons derrière nous consciemment ou inconsciemment au fil de nos navigations sur le réseau et de nos échanges marchands ou relationnels dans le cadre de sites dédiés (1).  C’est-à-dire, toutes nos activités sur le web sont surveillées et enregistrées dans le cyberspace.

Nos traces numériques font donc l’objet d’une multitude d’utilisations bienveillantes ou non, parfois même à notre insu. Elles sont également devenues la principale monnaie d’une économie numérique ou chaque échange se paie en données personnelles.

Comment affirme Oliver Ertzcheid : « Cette indexation massive et la supervision des données personnelles par quelques sociétés marchandes et des systèmes de renseignement, ont transformé non seulement notre rapport à l’information et à la connaissance, mais ont fait aussi de l’individu une cible et un produit publicitaire »(2).

Le défi pour nous en tant qu’utilisateurs est d’apprendre à gérer efficacement notre identité numérique. Face à l’impossibilité de se soustraire aux systèmes de surveillance, il faut donc mettre en œuvre la sousveillance. De cette façon, chaque utilisateur devrait réaliser l’autocontrôle des indices de sa présence pour préserver l’intégrité de son identité (3).

Il faut également apprendre à jouer de la polyphonie du double numérique : « multiple et diversifié, autorisant flexibilité et pseudo anonymat » (4).

Cependant, encore plus difficile que de faire attention aux sites que nous visitons afin de minimiser la collecte de nos empreintes, c’est sélectionner l’information que nous partageons volontairement dans la recherche de la valorisation d’autrui qui est important.

Les quantités des incitations et des motivations à participer à cet échange numérique sont à tel point nombreuses, qu’elles ont même favorisé l’apparition d’un phénomène connu comme le narcissisme numérique (5).

selfie

Les narcissistes numériques cherchent à attirer l’attention et augmenter l’estime de soi laquelle semble être mesurée par le nombre d’amis virtuels, de « followers », de « likes » et de commentaires qu’ils reçoivent sur leurs publications.

À travers l’exposition de soi, ils cherchent à produire et faire reconnaître une image attirante qui, cependant, ne représente pas la réalité toute entière.

Cette exposition de soi vise donc à présenter une image plus attractive et joyeuse d’eux-mêmes à travers des selfies ou des photos avec d’autres personnes dans des endroits valorisants.

Cette « réalité modelée » est perçue par les sociologues et les psychologues comme une demande de reconnaissance à partir d’éléments identitaires que les personnes essaient de montrer à travers de publications.

Comme l’explique Dominique Cardon : « La plasticité du web permet de jouer plus fortement avec les décalages, les modulations ou les transformations de l’image de soi que l’on projette. Souvent, les usagers cherchent moins la métamorphose que « l’augmentation de soi » » (6).

Le narcissisme numérique est donc la preuve d’une tendance à la renonce générale et volontaire de notre droit à l’intimité de la vie privée pour chercher la validation des autres. Expression en ligne et demande de reconnaissance sont donc intimement liés.

Il ne faut pas se priver d’utiliser et d’exploiter tous les bénéfices d’Internet. Cependant, il est impératif de rester attentif et de garder dans l’esprit qu’Internet peut devenir une arme à double tranchant s’il est employé sans précaution.

Préservons donc notre droit à l’intimité dans la mesure de nos possibilités. Nos traces dans le cyberespace seront difficilement effacées et nous ne savons pas qui pourra les collecter et avec quelle finalité.

Rappelons-nous également que, bien que notre identité virtuelle puisse être une version améliorée de notre identité réelle, ce qui se montre dans le cyberspace n’est pas tout à fait la vraie vie.

Pour conclure, soyez gentils, donnez un « like » à mon article et partagez-le. Ça me fera du bien 😉

 

Auteur : Fernando Bolaños Bautista

 

 

Références :

  • Ertzscheid Olivier. « L’homme, un document comme les autres». Hermès no 53, CNRS. Éditions, Paris 2009
  • Ertzscheid Olivier (2008). « Le plug-in de la redocummentarisation». affor dance.info, billet du 21 mars 2008                [En ligne]

Disponible sur : http://affordance.typepad.com/mon_weblog.

Disponible sur : http://www.lemonde.fr/technologies/aticle/2009/01/06/le-grand-jeu-de-masques-des-reseaux-sociaux_1137544_651865.html

Images :

https://prefixesmom.hypotheses.org/1271

http://www.pixelconscient.net/06/08/2015/le-selfie-cette-maladie-narcissique/

Vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=QxVZYiJKl1Y