Le « Slacktivisme » : Où comment militer depuis son salon

Le « Slacktivisme » est un phénomène qui s’est développé avec l’avènement des médias sociaux. Pourtant, cette mobilisation purement digitale a essuyé quelques critiques et est souvent considérée par ces détracteurs comme une forme de participation dite paresseuse.

Une mobilisation en un clic  

Le « slackivisme » est un mot-valise pour qualifier la participation citoyenne sur Internet comme un « militantisme paresseux ». Défini par les Nations Unies comme le fait de « support a cause by performing simple measures [… ] not truly engaged or devoted to making a change » (Cf. UNAIDS Outlook Report, July 2010 : 143).  

Pour soutenir une cause, ces « slacktivistes » vont modifier leur photo de profil sur les médias sociaux, signer une pétition ou encore retweeter des publications. Dans son article sur « Les mutations du débat public en ligne », en 2019, Romain Badouar, Chercheur au Centre d’Analyse et de Recherche Interdisciplinaire sur les Médias (CARISM), analysait ce phénomène :

« Les likes sur Facebook, les retweets sur Twitter ou les signatures sur les plateformes de pétitions correspondent à des formes de participation très peu contraignantes, où une opinion peut être exprimée en un clic », Romain Badouar

Quelques exemples de « slackivisme » : 

En 2020, à l’initiative du mouvement #blackouttuesday, des millions de personnes avaient publié un carré noir comme nouvelle photo de profil.
Suite aux attentats du 13 novembre 2015, nombreux sont les utilisateurs de Facebook qui ont utilisé le filtre bleu-blanc-rouge en soutien aux victimes du terrorisme.

Le « Slacktivisme » : une réelle utilité ?

Ce militantisme, jugé par beaucoup comme un activisme de salon, a fait énormément débat ces dernières années. L’ancien président des Etats-Unis, Barack Obama sous-entendait que cette mobilisation sur les médias sociaux n’était pas suffisante : 

« That’s not activism. That’s not bringing about change. If all you’re doing is casting stones, you’re probably not going to get that far », Barack Obama

Ces détracteurs arguent souvent sur l’inefficacité de cette pratique. L’instantanéité, la vulgarisation des publications impliquent un fort engagement des utilisateurs, mais qui se traduit rapidement par un désengagement. Pourtant, plusieurs récentes études semblent indiquer que le « slackivisme » contribue efficacement à la diffusion d’idées peu connues. Si chacun apporte sa pierre à l’édifice en partageant ces revendications, il est alors possible de créer un consensus à l’échelle mondiale sur des problématiques sociétales.

« Clicktivism has a major effect in terms of offering movements an alternative pathway to the public », Freelon, professeur à l’Université de Caroline du Nord

« Ce que montrent les études, par contre, c’est qu’en exposant les personnes à ce genre de couverture, par exemple au racisme systémique ou au profilage racial, ça finit par influencer leur raisonnement. Ça permet aussi de changer, à long terme, les structures et les institutions », Rémy-Paulin Twahirwa, doctorant en sociologie.

Finalement, qu’on milite depuis notre salon ou dans la rue, le plus important est de se battre pour des valeurs qui nous tiennent à cœur.

Sources :

https://www.lapresse.ca/societe/2020-06-03/slacktivisme-militantisme-paresseux-ou-utile
https://www.citizenlab.co/blog/civic-engagement/slacktivism/
https://www.bbc.com/future/article/20200915-the-subtle-ways-that-clicktivism-shapes-the-world
https://www.lecho.be/economie-politique/international/general/le-slacktivisme-revolution-numerique-ou-mobilisation-de-canape/10286147.html
https://www.huffingtonpost.fr/entry/le-slacktivisme-ce-concept-qui-pourrait-relancer-la-participation-des-jeunes-aux-elections_fr_60b7938de4b001ebd46cab16
https://start.lesechos.fr/innovations-startups/tech-futur/changeorg-qui-se-cache-derriere-le-numero-1-de-la-petition-1175090
https://www.erudit.org/fr/revues/documentation/2018-v64-n4-documentation04730/1061790ar/

Images : 

https://www.slate.fr/story/110155/polemiques-filtre-bleu-blanc-rouge-facebook
https://parismatch.be/actualites/societe/391039/pourquoi-tout-le-monde-est-en-train-de-remplacer-sa-photo-de-profil-par-du-noir-sur-facebook

Vers une communication politique 2.0 !

Depuis le début du siècle, Internet a révolutionné le monde de la communication notamment dans les démocraties occidentales. Les médias sociaux ont désormais su s’imposer dans le processus démocratique en reconfigurant la communication politique.

Des Campagnes Électorales à l’ère des médias sociaux

Les médias sociaux comme Facebook, Twitter, Snapchat ou encore le petit dernier Twitch sont en marge de supplanter les médias de masse traditionnels. L’instantanéité, la fluidité du contenu, la multiplicité des échanges sont autant de raisons qui poussent les candidats à utiliser ces plateformes. Ces nouvelles armes de communication leur permettent de toucher un public très large et de plus en plus jeune. Avec le développement de « l’e-democracy », on place le public au centre et celui-ci peut ‘retweeter’ ou ‘liker’ les publications d’un parti ou d’un candidat et le suivre sur différents réseaux. Ce changement de ton de la communication politique a pu être constaté lors de la dernière campagne présidentielle française.

Lors de la campagne électorale de 2017, Marine Le Pen n’a pas hésité à se mettre en scène sur Snapchat, réseau social le plus populaire chez les jeunes français. Durant ce Q&A, la candidate avait par ailleurs chanté du Dalida au grand dam de certains utilisateurs.

Marine Le Pen lors d’une session questions-réponses sur Snapchat en 2017

Les réactions concernant ces prises de parole ont fustigé de toute part, mais principalement sur Twitter… Certains internautes regrettaient l’utilisation de ces nouveaux médias sociaux pour influencer l’électorat jeune.

Tweet d’un usager lors de la campagne présidentielle de 2017

Le « politique-bashing »

Cet essor du numérique a entraîné une surexposition médiatique des candidats, mais cette stratégie digitale peut se retourner contre eux. Dans les cas les plus extrêmes, ce bashing médiatique peut donner un coup de grâce à leur campagne politique. Ce fut le cas avec François Fillon, candidat à la présidentielle en 2017, en France. Celui-ci a vu sa campagne se fragiliser suite à l’affaire d’emplois fictifs de sa femme et de ses enfants. En une semaine, l’hashtag #Fillon avait été utilisé plus de 600 000 fois sur Twitter et plus de 28 % d’entre eux possédaient un caractère négatif. De nombreux internautes s’en sont donné à cœur joie en remontant son fil Twitter et en retrouvant certains tweets embarrassants au vu des accusations.

À l’heure actuelle, les candidats sont obligés de maintenir constamment une présence multicanale pour se rendre accessibles et être au contact de son électorat. Il faut que les politiques adaptent leur communication à chaque média. Attention toutefois aux bad buzz, car Internet n’oublie jamais rien et les utilisateurs peuvent avoir une imagination débordante.

Voici une sélection de tweets les plus créatifs lors de l’affaire Fillon :

Sources

https://www.lesechos.fr/2014/02/municipales-les-reseaux-sociaux-peuvent-ils-aider-les-candidats-a-gagner-292547

https://www.franceculture.fr/emissions/latelier-du-pouvoir/les-campagnes-electorales-lheure-des-reseaux-sociaux

https://www.lci.fr/elections/affaire-fillon-ces-25-tweets-quelque-peu-embarrassants-de-francoisfillon-2024664.html

https://www.topito.com/top-tweets-droles-francois-fillon-rends-largent

https://www.lopinion.fr/edition/politique/fillon-macron-reseaux-sociaux-match-bad-buzz/good-buzz-121654

https://www.journaldunet.com/ebusiness/publicite/1136347-politique-et-medias-sociaux-vers-des-strategies-de-marques/

Auteure : Chanony Marion