LA MOBILISATION CITOYENNE SUR FACEBOOK

Facebook présente un grand nombre de pages de nature engageante, et qui forment ainsi des sortes de communautés. Quelles sont les raisons poussant les administrateurs de ces pages à les créer et les followers à y adhérer ?

Les réseaux sociaux permettent une nouvelle forme de motivation citoyenne : en effet, il n’est plus nécessaire de descendre manifester dans la rue pour faire valoir ses opinions et idées, et un simple « like » ou un partage suffit pour adhérer à une cause. Autour d’un groupe ou d’une page Facebook, une communauté en ligne va voir le jour. Mais quelles sont les raisons qui poussent les individus à se joindre à ces communautés et à y participer, de manière plus ou moins active ? Dans cet article, je vais commencer par aborder des aspects théoriques des motivations à participer aux médias sociaux. Puis, j’appliquerai ces contributions théoriques à un cas concret d’une page présente sur Facebook.

En théorie : participer sur les réseaux sociaux

Amarasinghe (2010) sépare les motivations de participer en deux catégories : les motivations intrinsèques et les motivations extrinsèques.

Les motivations à participer
Les motivations à participer.

Les premières concernent l’altruisme, la curiosité, la réalisation de soi, le sentiment d’efficacité qui nous donne l’impression d’influer sur une communauté ou encore le plaisir de partager. Les secondes relèvent des récompenses que l’on peut tirer de la participation, de la reconnaissance, qui se trouve liée à un désir de prestige, d’un sentiment de réciprocité, qui nous fait penser que l’on tirera quelque chose en retour de cette contribution, d’une volonté de collaboration, ou encore de sentiments de pouvoir et d’affiliation. En fonction de la personnalité de l’individu, certaines motivations seront mobilisées et d’autres non. Par ailleurs, le contexte influe lui aussi sur la participation. Des effets comme le temps, l’utilité ou d’autres priorités font qu’un contenu vient à être créer sur un réseau social.

Lietsala & Sirkkunen (2008) mettent aussi en avant le fait qu’Internet accroit la possibilité d’obtenir des informations à propos de thématiques qui nous importent. En effet, le Web nous permet d’apprendre de nouvelles choses (Matikainen, 2015), et d’ainsi augmenter notre indépendance. Internet permet aux individus de s’exprimer et d’influencer le monde en partageant ses expériences (Lietsala & Sirkkunen, 2008).

Scholz (2007) ajoute qu’une communauté vient combler un besoin d’appartenance. Matikainen (2015) vient même parler d’un besoin de communauté. Les communautés en ligne contribuent à l’identité sociale. Elles sont aussi une source d’accroissement de l’estime de soi. D’une certaine manière, les gestionnaires des pages se soucient du bien-être des membres de la communauté, et à travers leurs contributions, leur estime de soi se développe (Scholz, 2007).

En pratique : le cas de Résistance Helvétique

Résistance Helvétique est une page présente sur Facebook, se définissant aussi comme une communauté. Elle se décrit comme étant un mouvement nationaliste non-violent militant pour la survie de la Suisse. J’ai choisi ce sujet car suite aux attentats de Paris du 13 novembre, j’ai constaté un accroissement des mouvements nationalistes. Ces attentats, et les conséquences qui en découlent, ont créé un fort sentiment de crainte en Europe, ainsi qu’un accroissement des critiques de la part de certains envers tout ce qui touche aux étrangers, de la politique migratoire à la religion. J’avais envie d’analyser de plus près le fonctionnement d’une de ces « communautés », et j’ai donc regardé de plus près cette page.

Le Lion de Lucerne est mis en photo de couverture de la page. Il symbolise la dévotion des gardes suisses.
Le Lion de Lucerne est mis en photo de couverture de la page. Il symbolise la dévotion des gardes suisses.

Cette page est présente sur le réseau social depuis mars 2015, et au 2 décembre, elle comptabilise 3095 abonnés. Alors qu’elle n’avait que 1291 followers en juin (chiffre mis en évidence par une publication sur la page, en raison du symbole national qui y est attaché), la barre des 3000 « J’aime » a été dépassée la semaine suivant les attentats de Paris.

Régulièrement, de nouvelles publications apparaissent. Parfois tous les jours, parfois espacées d’une à deux semaines. Il s’agit à la fois de photos, de vidéos ou de liens renvoyant à des articles. Les posts sont généralement accompagnés d’un texte plutôt long qui cherche à expliquer la situation. On retrouve là une volonté de la part des gestionnaires de la page d’informer les membres de la communauté à propos d’une situation. Tout en cherchant à impressionner, en publiant des photos choc ou des caricatures. Bien évidemment le texte se trouve être orienté, ce qui correspond à la volonté d’influencer les internautes. Mais ce genre de texte est ce que cherchent les followers de cette page, ils veulent s’informer, mais de manière à conforter leurs idéologies. Les publications sont ensuite likées et partagées par un certain nombre de personnes (en général, entre 30 et 50). Sur l’ensemble des publications, deux ont particulièrement marqué mon attention et je vais les détailler ci-dessous.

La première n’est nulle autre que celle ayant eu le plus de « like ». Il s’agit d’une affiche pour la campagne contre de nouveaux centres pour requérants d’asile. Cette photo, publiée le 12 juin, a suscité 1324 likes, 110 commentaires, auxquels s’ajoutent les réponses à ces mêmes commentaires, et 2069 partages ! La publication amènera à un débat entre les internautes, débat qui aboutira sur un tout autre sujet que celui initial.

La seconde concerne la crèche de la ville de Neuchâtel, qui traditionnellement se trouve sous le sapin officiel de la ville. Mais cette année, le Conseil communal de Neuchâtel a décidé de retirer cette crèche, pour éviter que le sapin de la ville soit affilié à des motifs religieux. Cette décision a bien sûr suscité de nombreuses critiques et a notamment été relevée par Resistance Hélvétique. Ici, la page accuse le Conseil communal de Neuchâtel de s’attaquer à l’une de ses valeurs les plus sacrées : la religion chrétienne. En lisant le texte joint à la photo, on remarque une certaine crainte de voir disparaitre les valeurs propres à Noël. Et tout à coup, l’« ennemi » devient les socialistes. Car oui, ils utilisent bel et bien le terme d’ennemi politique. Cette utilisation d’une notion issue du champ lexical de la guerre dénote de l’ampleur du phénomène et à quel point les membres de la page ont eu le sentiment d’être attaqués.

En conclusion : la participation relève de l’affectif

Participer. Cette notion a vu son ampleur s’accroitre avec le Web 2.0. On peut venir mettre notre grain de sel sur un grand nombre de sujets qui nous touchent, et ce grâce à leur accessibilité. On peut s’engager dans une cause avec une ampleur diverse, que ce soit en générant du contenu ou en « likant » et partageant. Mais quoiqu’il en soit, une dimension politique se trouve dans la participation. Les individus s’associent alors à des causes qui les touchent, que ce soit de par leurs valeurs, la proximité d’un évènement ou la crainte induite par un phénomène.

L’exemple de la page Résistance Helvétique montre que les membres de cette communauté se trouvent dans une situation de crainte. Peur d’un attentat, peur d’une atrophie de leurs valeurs, peur d’une diminution de leur confort, … et ainsi de suite. Pour reprendre les termes issus de la théorie de la pyramide des besoins de Maslow, c’est leur besoin de sécurité qui se trouve mis en péril et ils cherchent à le restaurer.

Sources :

(Sources des images : https://i.embed.ly/1/display/resize?key=1e6a1a1efdb011df84894040444cdc60&url=http%3A%2F%2Fwww.protegersonimage.com%2Fwp-content%2Fuploads%2F2013%2F04%2F14.jpg / https://www.facebook.com/Resistance.helvetique/timeline / http://1.bp.blogspot.com/_Ty0HUPmsLIA/S8tc2IEHCcI/AAAAAAAAAnc/evdqPlDjayI/s1600/What+Motivates+People+to+Participate+in+Social+Media.jpg)

Auteur : Charlotte Fama

#astroturf

Ce powerpoint présente le concept d’astroturfing. Je commence par définir la notion, puis j’aborde un cas d’astroturfing. A l’aide d’articles, je vais expliquer pourquoi on peut parler d’une voix « astroturf » pour cette situation. Puis, je termine par une brève conclusion à propos de ce phénomène.
Charlotte Fama

UNE SOCIÉTÉ EN RÉSEAU – LA THÉORIE DE MARK GRANOVETTER

Economiste américain, Mark Granovetter distingue les liens forts des liens faibles. L’ingéniosité de sa théorie a été de mettre en avant la force des liens faibles. Il considère ces derniers comme plus importants dans l’univers social.

Les liens dans un réseau

En 1973, Mark Granovetter publie un article dans l’American Journal of Sociology intitulé The Strength of Weak Ties. Cet article réapparaitra un an plus tard dans l’ouvrage du même auteur Getting a Job (1974).

AB et AC : liens forts ; BC : lien faible
AB et AC : liens forts ; BC : lien faible

Granovetter y distingue deux principaux types de liens dans un réseau, les liens forts (strong ties) d’une part et les liens faibles (weak ties) de l’autre. Les premiers représentent des rencontres fréquentes et des échanges approfondis. Ils concernent notamment les membres d’une famille. Les seconds sont des contacts brefs et occasionnels, qui servent surtout à mettre en contact.

L’argument de l’auteur repose sur l’idée que les « connaissances » (acquaintances pour reprendre le terme anglais utilisé par Granovetter), c’est-à-dire les liens faibles, amènent l’individu à avoir accès à un plus grand nombre d’informations. En effet, ce type de lien permet d’être connecté à un large nombre de personnes, et ce par des contacts indirects, mais aussi d’accéder à des informations ou des idées qui sont socialement plus distantes de l’individu.

Un des points forts de la théorie de Granovetter est la partie concernant la mobilité professionnelle. Il stipule que les liens faibles sont plus importants pour trouver un emploi, et ce en raison des caractéristiques mentionnées ci-dessus. Lors de sa recherche, Granovetter a interrogé un échantillon de d’individus pour savoir comment ils avaient trouvé leur travail. 56% ont répondu l’avoir obtenu par un contact qu’ils voyaient « occasionnellement » et 28% par un vu « rarement ». Les liens faibles permettent de lier des cercles différents, et donc d’accéder à des informations différentes. Ils créent alors ce qu’on peut appeler des « ponts locaux ». A l’inverse, les liens forts forment des réseaux confinés. Un individu muni de peu de liens faibles se retrouvera alors limité aux informations et nouvelles des membres « proches » de son réseau.

Cette vidéo présente de manière claire et synthétique la théorie de la force des liens faibles. En résumé, comme le dit l’auteur, il y a un paradoxe dans les relations sociales. Ce sont les individus avec lesquels nous sommes les moins liés qui nous ouvrent les plus de portes.

Les liens faibles à l’ère d’Internet

Fallery (2007), met en évidence l’importance que peuvent avoir ces liens faibles à l’ère d’Internet s’ils sont judicieusement utilisés. L’accroissement des TICs amène en effet une dimension encore plus vaste à ce concept de liens faibles. Fallery avance que cela peut permettre aux petites entreprises dont les moyens et les contacts sont limités de tisser des liens à l’international, et d’ainsi décupler leurs capacités.

En conclusion, la théorie de Mark Granovetter n’a pas perdu de sa pertinence sous l’évolution des TICs, bien au contraire ! En effet, les médias sociaux sont caractérisés par des liens faibles. Sur le nombre de personnes avec lesquelles on se trouve en contact, peu sont considérées comme proches. Et pourtant, ils permettent de mettre en contact des individus d’horizons géographiques et sociaux distincts, à la fois sur les plans personnels et professionnels.

Sources :

  • Fallery, B., Marti, C., « Vers des nouveaux types de réseaux sur Internet ? Les réseaux à liens faibles du dirigeant de petite entreprise », Management & Avenir, 13, 2007, p. 169 – 181. URL: http://www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2007-3-page-169.htm
  • Granovetter, M., « The Strength of Weak Ties », American Journal of Sociology, 78, 1973, p. 1360 – 1380. URL: https://sociology.stanford.edu/sites/default/files/publications/the_strength_of_weak_ties_and_exch_w-gans.pdf
  • Granovetter, M., « The Strength of Weak Ties : A Network Theory Revisited », Sociological Theory, 1, 1983, p. 201 – 233. URL: http://www.soc.ucsb.edu/faculty/friedkin/Syllabi/Soc148/Granovetter%201983.pdf

Source de l’image : http://www.melchior.fr/Les-reseaux-sociaux-s-introdui.11099.0.html

Source de la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=-Bm93gN1zJg

Auteur : Fama Charlotte