Amazon Mechanical Turk : exploitation de « l’ouvrier du numérique » ou opportunité pour arrondir sa fin de mois ?

Lancé 2005 par l’entreprise américaine mère de commerce électronique, Amazon Mechanical Turk (AMT), « Turc mécanique d’Amazon » en français, est une plateforme de crowdsourcing (collaboration avec la foule) qui offre au public des petits boulots. Ces activités, plus ou moins simples, peuvent prendre diverses formes mais en général, ce sont des tâches où l’intelligence artificielle (IA) est peu efficace. Est-ce que ce modèle « gig economy » (économie des tâches) est un moyen de se procurer une rémunération supplémentaire, voire primaire ou bien, au final, une forme cachée de neo-colonialisme par l’organisation?

Le nom de cette plateforme AMT n’est pas anodin. Bien au contraire, cette référence provient du célèbre canular du 18ème siècle, où un automate, censé jouer aux échecs, contenait en réalité un être humain de petite taille, qui accomplissait le rôle prétendu de la machine. Donc, AMT résume cette supercherie au fait que derrière de nombreux services « intelligents » se dissimule l’Homme.

Amazon Mechanical Turk est une plateforme de crowdsourcing qui, en d’autres termes, permet d’externaliser certaines activités du travail pour les internautes au travers du réseau web. Ces activités en questions sont divisées en sous-activités, ce que nous appelons également les micro-tâches, nommés les « tâches d’intelligence humaine » (Human Intelligence Task – HIT) sur la plateforme AMT. Ce sont des tâches peu complexes et répétitives.

Les stakeholders dans l’Amazon Mechanical Turk

Généralement, Amazon Mechanical Turk propose un travail de qualité. Cependant, si les micro-activités sont trop complexes, ou bien lorsqu’il y a un conflit dans l’équilibre de contribution et rétribution, il se peut que le service perde de son génie.

Pour bien comprendre le mécanisme, il faut déjà identifier clairement les différentes parties prenantes dans l’Amazon Mechanical Turk :

  • les demandeurs de tâches, connu aussi sous le nom « requesters ». Ces personnes sont celles qui proposent les diverses activités (les commanditaires). C’est également ces mêmes personnes qui déterminent le montant de la rémunération pour la tâche en question. Par ailleurs, ils ont la possibilité d’évaluer la qualité de la performance des travailleurs, et si le résultat ne leur plaît pas, ils peuvent même se rétracter après coup. Ils peuvent sélection le profil des « turkers » (= travailleurs) qu’ils désirent. Ce qui est intéressant, c’est que ces « requesters » n’ont pas le statut d’employeur.
  • les travailleurs, connu aussi sous le nom de « turkers ». Nous n’avons pas le nombre exact mais ils seraient très nombreux, probablement plus de 500’000 (en 2016). Ce type de groupe choisit d’accomplir les micro-activités des demandeurs, seulement si elles correspondent à leurs exigences. Selon des données tirées de certaines études, « 20 % considèrent la plateforme comme leur source de revenu primaire », et « 50 % comme leur source de revenu secondaire ». Autres données intéressantes : « 20 % des travailleurs passent plus de 15 heures de manière hebdomadaire sur la plateforme AMT, et contribuent à 80 % des tâches ». Pourtant, le salaire moyen par heure n’est pas si élevé. Il se situerait dans les alentours 2 dollars… (une vraie exploitation ?). De plus, n’ayant pas de formation au préalable pour utiliser pleinement les services de la plateforme, un « travail caché » considérable est effectué dans un premier temps et cela, de manière non rémunéré. Ils bénéficient, quant à eux, d’un statut de « travailleur indépendant ». Ils n’ont aucun contrat et par conséquent, AMT n’est soumis à aucune forme de contrôle !
  • Amazon. L’organisation n’interfère pas, à proprement parler, dans la relation entre les demandeurs et les travailleurs, sauf en cas de problème important. Elle n’intervient que pour retirer un pourcentage de la rémunération due au travailleur, en tant que frais de comission, généralement entre 20 à 40%.

La sélection sur Amazon Mechanical Turk est très particulière. D’une part, AMT crée ses propres « listes de qualification » (modalités de sélection) afin de pouvoir manager les demandeurs de tâches qui ont déjà fourni des services pour eux, et d’autre part, ces fidèles demandeurs (« requesters ») peuvent choisir les nouveaux « entrants » en se basant sur les « qualifications types » définis par l’organisation même. En effet, en plus du fait que la concurrence est rude, Amazon se base sur divers critères de réputation. Certains perçoivent cela comme une forme de pression… En d’autres termes, cela comporte le pourcentage de :

  • « feedbacks positif du requester » ;
  • « HITs rejetés par le requester » ;
  • « HITs abandonnées par le requester » ; et
  • « HITs réalisés par le requester ».

Ce qui rend très intéressant cette plateforme de crowdsourcing, c’est qu’elle requiert très peu exigences, voire aucune qualification pré-requise. Les micro-activités les plus communes sont :

  • « la traduction de textes ou de fragments de textes » ;
  • « la transcription, l’identification ou le classement de fichiers audio ou de vidéos » ;
  • « la modération de contenus (images, textes, vidéos) » ;
  • « la réalisation de sondages, de questionnaires ou d’enquêtes en ligne » ;
  • « la réalisation de requêtes sur les moteurs de recherche » ;
  • « l’écriture de textes ou la rédaction de commentaires : avis, critiques, évaluations,… » ;
  • etc.

L’intelligence artificielle (IA) et les machines remplaceront-ils un jour totalement l’être humain au travail ? Il est très difficile de répondre de manière objective à cette question, mais une chose est sûr : nos jobs sont continuellement en train de se transformer et ce n’est pas prêt de s’arrêter !

Auteur: José GOMES DA COSTA

SOURCES :

La nouvelle cryptomonnaie de Facebook, « Libra », a-t-elle un avenir?

Vendredi 11 octobre 2019 : De grandes multinationales comme Visa, Mastercard ou encore eBay ont annoncé qu’elles mettaient fin à une future collaboration dans le projet Libra. Avec l’opposition des régulateurs qui ne cesse de croître, le projet de monnaie numérique de Facebook fait face à un nouveau coup dur. Sera-t-il toujours prévu dans le courant du deuxième semestre de l’année prochaine ?

Le projet de monnaie numérique lancé par le célèbre réseau social Facebook ne séduit plus autant et doit faire face à la défection d’un grand nombre de ses plus grands partisans. Des groupes comme Visa et Mastercard, des émetteurs de carte bancaire, ou encore Ebay,  une plateforme de commerce en ligne, ont annoncé officiellement qu’ils se retiraient du consortium.

«Nous allons continuer à évaluer la situation et nous prendrons notre décision ultime en fonction d’un certain nombre de facteurs, y compris la capacité de l’association à répondre de façon entièrement satisfaisante à toutes les attentes des régulateurs.»

Un des portes-paroles de la société Visa.

Qu’est-ce que la libra ?

La libra est le terme choisi pour désigner la future cryptomonnaie du géant californien. Elle sera indexée à un panier de devises stables, qui sera composé plus précisément de 50% pour le dollar, 18% l’euro, 14% le yen 11% la livre sterling et 7% le dollar singapourien.  Son objectif sera de « développer une devise et une infrastructure financière mondiales simples, au service de milliards de personnes ». Et tout cela, depuis Genève, la capital de la finance durable.

A l’origine, un consortium de vingt-huit grandes entreprises et ONG…

Les internautes pourront envoyer la cryptomonnaie à l’autre bout du monde en quelques secondes comme il est déjà possible de procéder actuellement à des transferts d’argent à travers des applications comme Pumpkin ou Lydia. Pour faire cela, le réseau social va mettre en place une application prénommée « Calibra », qui offrira la possibilité en un simple clic sur le portable d’acheter de vendre et de stocker les libras. De plus, elle permettra de régler des achats chez les commerçants partenaires tel que Spotify et Uber. Et en principe sans frais… ou presque ! Car, en effet, on imagine mal Mark Zuckerberg ne retirer aucun profit de ses 2,7 milliards d’utilisateurs des plateformes du groupe (Facebook, Messenger, WhatsApp et Instagram).

L’Europe est divisée

Une forte pression est appliquée sur le réseau social et ses partenaires, qui ont des doutes sur les éventuelles menaces de la cryptomonnaie. La réputation de Facebook du au récents scandales concernant la protection des données à caractère personnelles joue actuellement en leur défaveur…

Tout comme les sénateurs américains, la Commission européenne a demandé des informations supplémentaires à Facebook à travers un questionnaire. Chargé des services financiers de la Commission, Valdis Dombrovskis pose ces nombreuses questions afin d’y voir plus clair dans les enjeux du projet de la société américaine et avant tout sur l’éventuel besoin de mettre en place un cadre juridique pour cette future cryptomonnaie. L’instauration d’un cadre serait une condition sine qua non pour lancer une cryptomonnaie stable selon le G7, qui s’est réuni dernièrement à Washington.

Les Européens, quant à eux, restent constamment sur leur garde. Citons par exemple la France, qui mène l’opposition. Le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire affirme que « la souveraineté monétaire des principales économies européennes » sont mis en péril. Lors d’une conférence sur les monnaies numériques à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il a rajouté que « nous ne pouvons pas autoriser le développement de la libra sur le sol européen ». Avec l’Italie et l’Allemagne comme alliés, les français organisent un ensemble d’initiatives afin d’empêcher clairement l’existence de cette monnaie.

Le ministre soutient que « nous n’accepterons pas qu’une entreprise multinationale privée ait la même puissance, la même puissance monétaire que les États souverains qui sont soumis au contrôle démocratique; […] c’est-à-dire au contrôle du peuple». Ils veulent avant tout préserver l’autonomie des Etats et ils voient surtout ce projet non comme une alternative aux monnaies existantes mais plutôt une manière de faire un maximum de profit dans le domaine des services de paiement.

Le sort de la cryptomonnaie sur le continent européen s’annonce compliqué. En effet, la capital de la Belgique craint qu’un simple laisser-passer dans l’un des 28 pays membres de l’Union offre une brèche au géant Facebook. En d’autres termes, cela permettrait à « l’internet de l’argent » de s’installer de manière globale sur le Vieux continent avec ses avantages… mais également avec ses nombreuses lacunes. C’est pourquoi il est important avant tout d’évaluer les risques : l’instabilité de la devise numérique, le blanchiment d’argent, le financement illicite, l’évasion fiscale, la protection des consommateurs, etc. Cette monnaie doit encore répondre à de nombreuses « questions légitimes » et donner toutes les « garanties nécessaires ».

Quel est l’avis des régulateurs ?

« Il est encore trop tôt pour se prononcer.»

Afin de convaincre les plus sceptiques des régulateurs et des gouverneurs, Facebook n’a pas hésité à faire le tour du globe. La Suisse n’y échappe pas non plus, mais aucune des grandes institutions comme la Banque nationale suisse (BNS) ou l’autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma) n’ont affirmé l’exactitude des propos concernant ce projet. La banque centrale helvétique considère que « il est encore trop tôt pour se prononcer». Néanmoins, elle prétend accompagner « avec la plus grande attention les développements dans le domaine de la fintech afin d’identifier précocement les plus importants pour son mandat, notamment celui d’assurer le bon fonctionnement des systèmes de paiement sans numéraire». La Finma, quant à elle, suit de près le sujet de cette monnaie à travers les médias mais ne nous dit rien. Pour le moment, aucune information n’a filtré si une requête pour obtenir une licence a été faite ou même tout simplement si elle leur est indispensable.

«Le voyage sera long et difficile.»

Maintenant, il faut observer si les personnes adhèrent à cette nouvelle monnaie et si elle compte rivaliser avec les circuits bancaires traditionnels. L’association libra ne fait pas, à ce jour, l’objet d’un examen en particulier. Par contre, les partenaires, c’est-à-dire les fournisseurs de services liés à la cryptomonnaie, qui ont une interaction avec les consommateurs, auront l’obligation de suivre la législation des pays dans lequels ils opéreront. Dante Disparate, le porte-parole de l’association, a affirmé lors d’une interview à Genève qu’il fallait «de l’audace et une certaine force morale pour entreprendre un projet aussi ambitieux que Libra».

Quoi qu’il en soit, Facebook devra faire preuve de beaucoup de patience et d’agilité pour mener à bien son projet. Ce ne sont pas les opposants qui manquent. Quant à l’éventuelle réussite du projet du géant californien, l’avenir nous le dira !

Auteur: José GOMES DA COSTA

Sources :

https://www.tdg.ch/high-tech/defections-cascade-libra/story/19438946

https://www.tdg.ch/economie/argentfinances/fronts-durcissent-libra-facebook/story/17679599

https://www.letemps.ch/economie/fonctionnera-libra-nouvelle-monnaie-facebook

https://www.tdg.ch/lematindimanche/libra-systeme-paiement-rapide-quasiment-gratuit/story/16635395

https://www.letemps.ch/economie/facebook-veut-sauver-libra

https://www.tdg.ch/economie/europeens-veulent-libra/story/11062355

https://www.letemps.ch/economie/lassociation-libra-officiellement-mise-pied-geneve

https://www.20minutes.fr/high-tech/2631495-20191018-libra-europeens-veulent-imposer-veto-monnaie-numerique-facebook