SUPER MARIO MAKER : Quand Nintendo se met au crowdsourcing

Avec Super Mario Maker, l’entreprise japonaise de jeu vidéo Nintendo s’appuie entièrement sur la créativité des fans pour créer le contenu de son jeu. En faisant appel à l’imagination des internautes, Nintendo se lance dans le crowdsourcing et le maker movement, comme l’indique le titre de son jeu. Mais ce processus a des limites, notamment car l’entreprise nipponne oblige maintenant ses fans à payer un abonnement Online pour profiter de l’ensemble du contenu de Super Mario Maker 2.

Super Mario Maker, c’est quoi ?

Sorti en 2015 à l’occasion du 30e anniversaire de la série Super Mario, Super Mario Maker est un jeu de plateforme dont les niveaux, appelés stages, sont entièrement créés par les fans. Le jeu, tel que pensé par Nintendo, se compose d’un éditeur de niveau développé par l’entreprise japonaise, qui permet aux internautes de créer leurs propres stages et de les partager avec le reste du monde. Pour partager leur niveau, les joueurs doivent cependant être capables de les finir eux-mêmes, afin d’éviter que des niveaux impossibles soient mis en ligne.

Exemple d’un des niveaux les plus difficiles de Super Mario Maker 2, le petit frère de Super Mario Maker. Si le niveau paraît impossible à terminer, il ne faut pas oublier que le joueur qui l’a créé a dû lui-même aller au bout du stage avant de le partager.

Un jeu qui repose entièrement sur le crowdsourcing

Si près de 100 stages sont initialement proposés par Nintendo, la majeure partie du contenu du jeu est donc créée par les fans. La durée de vie de Super Mario Maker repose dès lors uniquement sur le contenu proposé par la communauté de gamers, qui permet de renouveler dans le temps l’intérêt des joueurs. Avec Super Mario Maker, Nintendo fait donc appel au crowdsourcing, un concept mis en avant par Howe en 2006 qui consiste à faire appel à la participation de milliers d’usagers externe à l’entreprise pour générer des idées et du contenu.

Comme l’indique son titre, Super Mario Maker surfe donc sur le maker movement, qui correspond à l’envie grandissante des internautes de « mettre la main à la pâte », de tester de nouvelles manières de faire soi-même et de décliner des produits existants.

L’éditeur de niveau de Super Mario Maker permet notamment de choisir l’univers Mario dans lequel le joueur veut faire parler son imagination (Ici, Super Mario World)

Une formule qui marche

Pour la première fois depuis sa création en 1889, Nintendo se repose entièrement sur la participation ouverte. Et la formule fonctionne. Un an après sa sortie, Super Mario Maker comptabilisait déjà près de 7.2 millions de stages créés par les fans. Sur Jeuxvideo.com, un site web français spécialisé dans le jeu vidéo, le jeu reçoit la note de 17/20 par les testeurs officiels du site et par les internautes. Quant à Super Mario Maker 2, le deuxième opus de la franchise, il comptabilise aujourd’hui près de 7.15 millions d’exemplaires vendus. Des chiffres qui confirment le succès de la franchise.

Mais il convient de rappeler que ce succès est également dû au travail de bouche-à-oreille des joueurs qui, à travers de nombreux articles, memes, vidéos youtube et let’s play, ont fait la promotion du jeu dans le monde entier. En France, le youtuber MisterMV est notamment connu pour ses vidéos lets play de Super Mario Maker 2, tandis que le youtuber packattack04082 comptabilise près de 4 millions de vues sur sa vidéo « 100 Mario Challenge » sur Super Mario Maker.

Exemple de Lets Play de Mario Maker 2 par le Youtuber et streamer Twitch MisterMV.

Un crowdsourcing qui a ses limites

Petit bijou de Nintendo, Super Mario Maker représente donc la volonté de la compagnie nippone de faire appel à ses joueurs dans une démarche de crowdsourcing inédite. Mais l’arrivée de Super Mario Maker 2 sur Switch a montré les limites de cette participation. En effet, depuis la sortie de la Switch, la dernière console de Nintendo, les joueurs doivent obligatoirement payer un abonnement Online pour se connecter à Internet. Les utilisateurs de Super Mario Maker 2 ne peuvent donc partager leurs stages et profiter des niveaux des autres qu’à condition de payer un abonnement supplémentaire, qui n’est pas compris dans le jeu.

Si cela ne semble pas avoir eu d’impact sur le nombre de ventes de Super Mario Maker 2, ce système d’abonnement pourrait avoir des conséquences sur le long terme. En effet, ce ne serait pas la première fois qu’obliger les joueurs à payer plus pour obtenir l’entier du contenu d’un jeu ferait scandale dans l’industrie du jeu vidéo. On peut notamment citer l’entreprise américaine EA, qui a déjà été pointée du doigt à nombreuses reprises pour l’abus de cette technique.

Auteur : Héloïse Hess

Sources

  • Asdourian, B. (2021) Communication, organisation et transformation digital II. SP21. Université de Fribourg.
  • Jenkins, H. (1992). Textual Poachers: Television Fans and Participatory Culture. New York: Routledge
  • Howe, J. (2006). The rise of crowdsourcing. Wired magazine, 14 (6), p.1-4
  • https://www.jeuxvideo.com/test/441238/super-mario-maker-la-lettre-d-amour-ultime-aux-jeux-de-plates-formes.htm
  • https://n64josh.com/super-mario-maker-2-level-creation-tips-part-1/
  • https://supermariomaker.nintendo.com/fr/
  • https://www.nintendo.be/fr/Jeux/Wii-U/Super-Mario-Maker-892704.html
  • https://hitek.fr/actualite/ea-pire-entreprise-usa_15301
  • https://twitter.com/NintendoAmerica/status/732624228428750848
  • https://www.nintendo.co.jp/ir/pdf/2021/210506_3e.pdf
  • https://kayane.fr/preview-express-super-mario-maker-2/

L’art d’insulter ses clients, ou la stratégie des community managers de Wendy’s

Alors que toutes les entreprises s’efforcent aujourd’hui de répondre aux plaintes de leurs clients avec la plus grande sympathie possible, la chaîne de fastfood Wendy’s a décidé de prendre le contre-pied de cette tendance. Entre insultes, cynisme et humour noir, la chaîne de restauration rapide américaine n’hésite pas tourner en ridicule ses clients sur son compte Twitter. Une stratégie qui porte étonnement ses fruits. Zoom sur la « roast strategy » brutalement efficace de community management de Wendy’s.

Le concept de community manager

On appelle ”community manager” la personne chargée, au sein d’une entreprise, de gérer, d’animer et d’interagir avec les communautés d’internautes via les réseaux sociaux. En effet, le boom des réseaux sociaux et le passage du Web 1.0 au Web 2.0 ont changé la manière dont les entreprises communiquent avec leurs clients. Désormais, grâce aux médias sociaux, les consommateurs et les entreprises peuvent dialoguer de manière directe. Les consommateurs peuvent par exemple adresser leurs plaintes et leurs questions sur le compte Twitter d’une entreprise, et celle-ci peuvent y répondre directement sur la même plateforme.

Dans ce contexte, les community managers sont donc chargés de satisfaire et de stimuler les internautes qui s’adressent à l’entreprise.  Au delà de satisfaire les demandes des clients, les community managers ont pour objectif de susciter la sympathie des internautes à l’égard de leur entreprise afin qu’ils s’engagent pour celle-ci sur le long terme. Pour cela, les community managers doivent instaurer un dialogue de confiance avec leurs clients en faisant preuve de sympathie, de patience, de compréhension et de dévouement.

La « roast stragety » de Wendy’s

Seulement voilà, toutes les entreprises ne respectent pas cette formule gagnante. Fondée en 1969, le fastfood américain Wendy’s a choisi d’aller à l’encontre de toutes le règles de bienséance que prônent les théories de community management. N’hésitant pas à qualifier l’opinion d’un internaute de « minable » et d’ordonner à un autre internaute de « s’excuser d’avoir tort » de ne pas aimer la nourriture de Wendy’s, le fastfood américain truffe son compte Twitter de come-back cyniques.

Or, cette stratégie de communication est appelée, chez Wendy’s, la « roast strategy » ou « stratégie de descente en flammes » en français. Cette stratégie particulièrement cynique et brutale vise à tourner en dérision les plaintes et les questions des internautes. Ainsi, si certains community managers n’hésitent pas à passer des heures à trouver la meilleure solution pour leur client, les community managers de Wendy’s se contentent de les envoyer balader.

Une stratégie payante

Or, loin de faire fuir les clients, la « roast strategy » de Wendy’s lui a surtout créé une image de marque originale et attayante. Depuis 2017, les buzz à répétition provoqués par ses tweets enflammés lui engendrent une visibilité énorme. En effet, en 2017 le compte Twitter de l’entreprise américaine est passée de 1 millions de followers à plus de 2.24 millions, avec des pics allant jusqu’à 15’000 nouveaux abonnés par jour. Fin 2020, le compte Twitter de Wendy’s frôle désormais les 4 millions d’abonnés. Les « roasts » de Wendy’s sont devenus la marque de fabrique de l’entreprise et contribuent activement à son succès.


L’entreprise Wendy’s est particulièrement connue pour ses tweets incendiaires.

L’émergence de memes

Cependant, le succès de Wendy’s ne s’arrête pas à ses tweets. En effet, le fastfood américain a pu compter sur le soutien des internautes qui, à l’aide de memes, de fanart et de parodies humoristiques, ont accentué la visibilité et la popularité de l’entreprise. Ainsi, il n’est pas rare de rencontrer sur Youtube, Twitter ou 9GAG, des œuvres artistiques détournant la mascotte de Wendy’s de manière cynique. En agissant comme un earned media, c’est-à-dire un média gagné par l’entreprise sans avoir été payé par celle-ci, les internautes font de la publicité à l’entreprise et renforcent son image de marque, la rendant plus forte et plus marquante.

Exemple de meme détournant la mascotte de Wendy’s

Une portée qui s’arrête aux frontières de l’Europe

Si la chaîne de restauration rapide américaine a su renforcer sa popularité en se forgeant une image de marque décalée grâce à ses community managers, son succès reste limité. En effet, l’implantation des fastfood Wendy’s à l’international bat de l’aile. Si le restaurateur américain a su s’implanter en Asie, il a cependant des difficultés à conquérir le public européen pour des raisons légales. En effet, la marque « Wendy’s » a été déposée en 1988 par un néerlandais nommé Warrens. Cela a pour conséquence d’empêcher le fastfood américain de s’installer en Europe sous le nom « Wendy’s », celui-ci étant déjà pris. Le cas de Wendy’s nous rappelle donc que le succès d’une marque à l’international ne dépend pas seulement de facteurs de visibilités et de stratégies de communication, mais également de facteurs légaux provenant de l’environnement que l’entreprise cherche à conquérir.

Auteur : Héloïse Hess

Sources :

  • Dr. Asdourian, B. (2020) Communication, organisation et transformation digital I. SA20. Université de Fribourg.
  • https://twitter.com/wendys
  • https://www.trackalytics.com/twitter/profile/wendys/
  • https://www.rd.com/article/why-no-wendys-in-europe/
  • https://www.ebaumsworld.com/pictures/classic-wendys-tweets-that-are-always-fresh-and-never-frozen/86054992/
  • https://www.boredpanda.com/funny-wendy-jokes/?utm_source=google&utm_medium=organic&utm_campaign=organic