C’est officiel : Instagram supprime les likes. Quels impacts pour les internautes?

Environs 95 millions de photos et de vidéos sont téléchargées sur Instagram quotidiennement. Et chaque jour, les internautes ont la possibilité de regarder et « aimer » les 4,2 milliards d’images et de vidéos mises en ligne.

En avril dernier, Instagram annonçait un grand changement quant à l’affichage des likes. Le géant des réseaux sociaux exprimait son souhait de petit à petit « supprimer » les likes sous les photos et les vidéos publiées. En réalité, l’idée n’est pas de supprimer cette fonctionnalité qui permet d’aimer les publications, mais simplement de masquer le nombre de fois qu’une publication a été likée. Néanmoins, les utilisateurs pourront toujours consulter le nombre de likes de leurs propres publications sur leur compte personnel, mais ne pourront plus voir le nombre de likes obtenus par les autres membres du réseau social.

Un premier test a d’abord été mis en place dans le but d’étudier un potentiel changement de comportement des utilisateurs.  C’est en été 2019 que celui-ci a été lancé dans 7 pays : le Canada, l’Australie, le Brésil, l’Irlande, la Nouvelle Zélande, le Japon et l’Italie. S’en est suivi les utilisateurs américains qui ont, à leur tour, vu disparaître le compteur de likes. A l’heure actuelle, le test a été élargi au reste du monde. Pour l’instant, le changement n’est néanmoins visible que pour un nombre limité de personnes, mais devrait rapidement se généraliser.

Pourquoi une telle décision ?

La société justifie ce changement par une volonté de créer un « environnement moins pressurisé » ainsi que pour répondre aux préoccupations de la santé mentale de ses utilisateurs. De nombreuses études ont en effet démontré que certains membres de la plateforme étaient devenus dépendants de cette course aux likes. Chez les individus les plus sensibles, cette addiction peut parfois même se transformer en dépression. Selon le PDG d’Instagram, l’objectif de ce changement est donc de « soulager la pression » que peut engendrer ce besoin constant de popularité.

Instagram, facteur de dépression

En 2017, une étude britannique de la Royal Society of Public Health dénonçait l’application comme étant « la pire plateforme de médias sociaux en ce qui concerne son impact sur la santé mentale des jeunes de 14 à 24 ans ». Une année auparavant, c’était au tour de l’institut de sondage américain Pew Research Center qui relevait que 37% des adolescents ressentaient une « pression » de poster un contenu qui pourrait récolter moins de likes et de commentaires que ceux des autres.

Un rapport sur l’addiction aux réseaux sociaux a démontré qu’environs 79% des personnes ayant un smartphone le consulte dès leur réveil au matin. Il a été démontré que la validation sociale au travers des likes libère de la dopamine ce qui pousseraient les utilisateurs à consulter leurs notifications fréquemment afin de combler un genre de « manque ».

Cette évolution a donc pour but d’améliorer le bien-être des utilisateurs quotidiens, mais les médias se demandent néanmoins comment cela va changer le travail des influenceurs.

Qu’en pensent les influenceurs?

Les avis sont partagés quant à la suppression des likes sur Instagram. Grâce aux partenariats avec différentes entreprises, les influenceurs sont rémunérés pour partager un certain contenu. Cette rémunération varie en fonction de ses followers mais peut également varier en fonction du niveau d’engagement des utilisateurs : plus il y a de likes ou de commentaires par exemple, plus forte est leur influence. Néanmoins, Tammy Hembrow, une influenceuse fitness avec 9,7 millions de followers, affirme que le changement concernant l’affichage de likes n’a pas eu d’impact sur sa façon de faire des affaires. Claire Byrne, accueille elle aussi favorablement le changement et n’est pas préoccupée par la menace qui pèse sur son revenu. Elle estime que le masquage du nombre de likes n’aura pas une grande différence sur les affaires des influenceurs à succès: « Cela n’aura un impact que sur celles et ceux qui n’ont pas de véritable influence ou d’engagement fort, soit surtout ceux et celles avec de faux abonnés ou des abonnés achetés »

Et pourtant, certains influenceurs, comme Jeam Wolfie, ont fortement critiqué cette décision. Ce dernier s’est plaint qu’Instagram lui avait enlevé un outil essentiel. Une autre instragrameuse, Mikaela Testa, a elle été jusqu’à pleurer sur une de ses vidéos Youtube pour exprimer son désaccord avec cette nouvelle mesure. Certains influenceurs ont même affirmé qu’ils se sentaient moins motivés à aimer et à interagir avec les posts des autres utilisateurs.

Conséquences

En dissimulant les likes, Instagram prive les agences de marketing d’un indicateur précieux sur le succès de leurs campagnes : « Il va falloir changer nos technologies, modifier nos algorithmes », explique Félix Lapoussière, de l’agence InfluenZZZ. « Avant, on pouvait se permettre de collecter les likes à la main, ou avec des outils, car ils étaient publics ». Comme beaucoup d’autres, son agence est déjà en train de réfléchir à de nouveaux moyens d’obtenir ces précieuses informations : « Il faudra que nos influenceurs nous envoient leur données par capture d’écran, ou que nous automatisions tout ça avec un logiciel. Nous pourrions aussi prendre d’autres données, comme les abonnés ou les commentaires ».

Ce changement risque en effet de valoriser le commentaire comme mesure pour les clients des influenceurs, mais les spécialiste affirment qu’ « un commentaire demandera beaucoup plus d’efforts qu’un simple j’aime du bout du doigt ».

D’un autre point de vue, Instagram se bat contre les faux comptes depuis très longtemps. En effet, certains utilisateurs ont recours à des applications qui leur permettent d’obtenir des faux likes. En augmentant leurs statistiques, les faux influenceurs augmentent leur exposition, et avec cela leur audience. Les entreprises doivent donc se montrer prudentes et mener des audits très poussé afin de vérifier la véracité de l’audience des utilisateurs. En dissimulant les likes, Instagram cacherait ainsi aussi les faux. Instagram éliminerait alors le besoin de recourir à de telles applications.

Désormais, il sera encore plus important qu’auparavant d’obtenir et de se concentrer sur des statistiques telles que l’engagement sur les Stories, la croissance du nombre d’abonnés sur la durée, et les indicateurs d’attention.

Sources :