Danger : Risque de contamination ! Les fake news sur les réseaux sociaux

Qui ne l’a pas entendu ou lu quelque part pendant les mois passés ? La fameuse série télé américaine « The Simpsons » a prédit l’élection de Trump au poste de président des USA. La preuve : une vidéo YouTube montrant une scène des Simpsons de l’an 2000 dans laquelle « le président » Donald Trump descend un escalier roulant sous des cris de joie et d’applaudissement. Mais attendez…

La vidéo et aussi le photomontage avec le président Trump animé sur l’une et le président Trump réel sur l’autre côté ont été partagés des millions de fois sur les réseaux sociaux. À la grande déception des fans des jaunes personnages animés célèbres, l’histoire ne s’est pas déroulée exactement comme cela.

Si, dans un épisode de l’an 2000 Lisa Simpson parle d’une présidence défaillante de Donald Trump. La fameuse scène sur l’escalier roulant appartient à un épisode beaucoup plus récent de l’an 2015 quand la candidature de Trump était déjà publiquement connue.

Les réseaux sociaux comme méga-amplificateur

Cela n’est qu’un seul exemple des fausses nouvelles diffusées chaque jour sur les réseaux sociaux. La gamme de sujets de ces reportages prétendus part des (bien connus) atteintes à la vie privée sur Facebook, en passant par d’accusations des politiciens d’abus sexuel sur des enfants jusqu’aux nouvelles scandaleuses par rapport à de fuyards (exemple ici).

Certaines de ces histoires ont déjà une longue tradition et reviennent toutes les années sur les réseaux sociaux, par exemple une vidéo qui montre une haute ambassadrice de l’ONU qui divulgue par inadvertance que les Chemtrails existent réellement, mais deviner quoi ? C’est un fake. La dame qui parle n’appartient même pas à l’ONU, mais à une organisation externe. Cette vidéo de l’an 2007 reparaît régulièrement sur les réseaux sociaux (la dernière fois en 2015), toujours présentée en tant que nouvelles scandaleuses de la dernière heure.

Quel que soit le sujet des fausses nouvelles, elles ont toutes un point commun : le foyer du « virus » est toujours situé quelque part dans l’immensité de l’internet d’où il se répand de manière épidémique sur les médias sociaux.

Pour les uns une bonne rigolade…

Pour ceux qui savent bien discerner entre les fausses et vraies nouvelles, ces histoires sont avant tout une bonne rigolade. Mais considérant leur portée énorme sur les réseaux sociaux et les commentaires ajoutés souvent furieux et pleins de reproches, leurs implications semblent beaucoup plus sérieuses : elles sont susceptibles d’influencer de manière incontrôlable la formation des opinions du grand public sur un sujet quelconque.

… pour les autres extrêmement sérieux

Deux personnes qui peuvent en témoigner sont Hillary Clinton et Donald Trump, le grand gagnant et la grande perdante des dernières élections présidentielles des USA. Pendant la campagne électorale, ils étaient tous les deux des sujets continus de fausses nouvelles positives ou négatives, mais toujours scandaleuses. Même si la taille d’effet de ces fausses nouvelles n’est pas encore vraiment connue, les résultats d’une analyse de BuzzFeed sont pourtant choquants : Sur Facebook, l’engagement des usagers pour des fake news aurait dépassé en période préélectorale celui des vraies nouvelles.

Graphique sur la diffusion de nouvelles fausses et vraies pendant les élections présidentielles aux USA
Source : Craig Silverman, BuzzFeed News

Mais l’immense potentiel de viralité de fake news ne constitue de loin pas seulement un danger pour des politiciens. Imaginez que vous soyez propriétaire d’un restaurant prospérant et qu’un beau matin, un article apparaisse sur votre fil d’actualité Facebook qui lie le nom de votre restaurant à un réseau de pédopornographie. C’est à peu près ce qui s’est passé dans le cas de « Pizzagate ». Qu’en sera-t-il de votre renommée, que ce soit en ou hors ligne ? Et bien cela serait fatal.

Mais que faire quand on est victime de fake news ?

Ce qui rend les fake news si dangereux pour la réputation, c’est qu’à première vue (et souvent aussi à deuxième et troisième) les sources semblent assez fiables et authentiques. Et plus une nouvelle est répandue et visible sur les réseaux sociaux et d’autres médias, plus elle sera considérée comme étant la vérité (cf. mere exposure effect). Cela signifie qu’une fois atteint un certain taux de diffusion, il devient très difficile de réparer les dommages qui ont été faits à la renommée. En outre, les algorithmes des outils de recherche comme Google en combinaison avec le comportement de recherche des usagers sont susceptibles de renforcer encore la liaison perçue entre le nom d’entreprise et les fake news.

La formule magique, c’est donc la détection précoce. Cela peut se faire uniquement avec un système de veille sophistiquée qui permet de détecter immédiatement la publication d’un tel article ou vidéo. Ainsi, il sera au mieux possible de faire effacer le contenu et empêcher une diffusion de masse. Si cela n’est pas possible, on peut toujours lancer une propre campagne et essayer de conquérir une position de suprématie d’interprétation par rapport à ce sujet.

Ne surtout pas les sous-estimer !

Le lancement d’une contre-campagne semble peut-être une mesure un peu radicale au premier abord. Mais il est illusoire de croire que dans un tel cas, une passivité totale sert à protéger la réputation de manière quelconque. Les fake news sont créés dans le seul but de provoquer une diffusion vaste et rapide. Etant donné que les auteurs maitrisent généralement leur métier, il y a de fortes chances que ce but soit finalement réalisé.

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Auteur: Christina Graf

Relecture: Myriam Schaffter