Dénonciation ou manipulation: la vérité qui se cache derrière un compte Instagram à succès

Modèles, blogueurs, entraîneurs sportifs ou encore cuisiniers en herbe, les médias sociaux ont redéfini la notion de célébrité à travers la création d’influenceurs du Web. D’un autre côté on suit, on admire, on jalouse parfois même ces nouvelles idoles des générations Y et Z. Mais en réalité que se cache derrière ces Instafamous personae ?

« Etre populaire sur Instagram c’est à peu près la même chose que d’être riche au Monopoly » Glamour, France, août 2016

La vie que quelqu’un mène sur Instagram n’est pas aussi Instaperfect qu’elle peut sembler, voire même être réelle! Louise Delage en est le parfait exemple.

Cette jeune parisienne de 25 ans a fait ses débuts sur la plateforme en partageant des photos de son mode de vie luxueux. Allant de son look chic à ses vacances somptueuses ou encore en passant par des fêtes extravagantes, Louise Delage a obtenu en moins de deux mois sur son compte Instagram plus de 47’000 followers, tous prêts à la suivre dans ses aventures Instamagical.

Mais qui est Louise Delage ?

👀 Look 👀

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Miss the sea 🐟

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White lights

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La jeune star Instragram est en réalité une contrefaçon ! « Louise » est une création de BETC Digital, une agence marketing parisienne qui a lancé, à l’aide du faux compte, une campagne d’aide à l’addiction intitulée « Like My Addiction ».

En effet, n’avez vous pas remarqué quelque chose d’étrange à propos de Louise ? Ne vous en faites pas, presque personne n’a distingué la supercherie : sur chacune des photos qui mettent en scène la somptueuse vie de Louise Delage, la it girl tient un verre d’alcool.

L’organisation qui se cache derrière ce faux compte a voulu sensibiliser les jeunes utilisateurs d’Instagram à propos de l’omniprésence d’alcool sur les réseaux sociaux et démontrer qu’il est difficile de remarquer l’addiction d’une personne. La campagne entendait faire comprendre aux internautes que sans même s’en rendre, via un simple like, ces derniers peuvent entretenir le comportement à risque d’une personne.

Le dernier poste sur le compte de Louise Delage, une vidéo, a valeur de dénouement : elle nous montre que cette jolie jeune femme est entourée d’alcool sur chacune des photos partagées. On peut donc dire qu’aucun abonné ne connaissait la vraie Louise…

Faux mouvements et manipulations

Manipulation communicationnelle ou dénonciation judicieuse, ce type de campagne de marketing viral est de plus en plus répandu. Allant de la création de faux comptes en ligne ou encore au camouflage intentionnel d’une personnalité ou d’une entreprise derrière un média social, ces faux mouvements sur Internet peuvent être contestés.

Cette nouvelle technique, intitulée l’astroturfing, s’effectue lorsque la source du message cache sa réelle identité et donc ainsi ses propres objectifs. Cette stratégie communicationnelle est réalisée en général par des organisations, des entreprises ou encore des parties politiques qui conçoivent une fausse identité et se cachent ainsi en organisant des campagnes afin d’influencer la société à son propre insu.

Le faux compte de « Louise » et les buts qu’il vise peuvent être débattus. Mais jusqu’où cela peut-il aller ? Une chose est sûre, les réseaux sociaux donnent un grand pouvoir en matière de manipulation qu’il ne faut pas négliger. Si les médias traditionnels, au cours de leur histoire, ont produit leur propre critique, aujourd’hui, l’un des enjeux du Web 2.0 est sans doute la fabrication, par les internautes eux-mêmes, d’un nouveau sens critique et d’une réflexivité qui soient en mesure de décoder la complexité des informations et des messages iconiques en ligne.

Sources

Vidéo

(Sources des images : https://www.instagram.com/louise.delage/?hl=enhttp://www.canvas8.com/signals/2016/09/28/louise-delage-hoax.html?navPath=LIBRARY–LATEST)

Auteur : Victoria Jaccoud.

LE CROWDSOURCING, UN NOUVEAU BUSINESS « COMMUNAUTAIRE »?

Le crowdsourcing est une plateforme par laquelle on sollicite la participation des foules au développement d’un produit ou d’une idée, par exemple. Mais il peut aussi être un moyen détourné de faire de grosses économies en profitant de la foule créative.

La vache de Galton

 Selon James Surowiecki dans son livre de 2004 «La sagesse des foules», les savoirs et les intuitions des individus mis en commun créent une sorte d’intelligence universelle. Il cite notamment les observations de Galton qui comprend, lors d’un concours bovin, que les estimations de chacun mises en commun se rapprochent au fur et à mesure du poids réel de la bête. Il faut comprendre par là que l’étendue des apports individuels sur un sujet amène progressivement à une construction objective de la réalité. C’est ce phénomène que l’on peut observer sur une plateforme du type de Wikipédia, car les définitions proposées sont une mise en commun du savoir individuel.

Le business du crowdsourcing

Mais le crowdsourcing n’est pas uniquement un moyen de développer une intelligence universelle, il est également devenu une source de revenus pour des entreprises issues du Web 2.0. Ainsi, des organisations comme Eyeka en France utilisent le crowdsourcing pour développer la communication des différentes sociétés qui la mandatent.

francoispetavy
François Pétavy, CEO de Eyeka

Notre métier, c’est d’animer une communauté de gens qui ont du plaisir à creer, imaginer, se faire plaisir(…) jouer créativement avec les marques…

Son organisation est simple : une marque passe une commande relative à un produit. Ensuite, le site met en ligne un concours auquel tout le monde peut participer. Des primes variables sont ensuite décernées aux meilleurs projets. Par ce système, la marque dépense jusqu’à 4 fois moins que lorsqu’elle mandate une agence de publicité conventionnelle.

Comme le dit le fondateur de Eyeka, François Petavy : « Les créatifs ne sont pas chez nous, ils sont tout autour de la planète, dans 150 pays, notre métier c’est d’animer une communauté de gens qui ont du plaisir à creer, imaginer, se faire plaisir(…) jouer créativement avec les marques…. ». On ne fornit pas réellement un travail au sens traitionnel, les gens choisissent ce qu’ils font et il n’y a pas de direction donnée ni d’obligations. Les créatifs participent donc de bon coeur et l’argent est une récompense annexe.

Il faut comprendre qu’il y a plusieurs types de sollicitations qui poussent les internautes à être créatifs sur internet. D’après les travaux de Kaufmann (2011), on a effectivement constaté qu’il existe deux types de motivations à la création de contenu dans ces structures :

  • La motivation intrinsèque : L’acte dépend d’un désir interne ( accroître ses compétences, faire partie d’une communauté, etc…).
  • La motivation extrinsèque : L’individu participe en visant un but extérieur, comme recevoir de l’argent, par exemple.

Ce système permet de faire économiser de grosses sommes à des multinationales comme Coca-Cola, qui figurent déjà parmi les clients d’Eyeka. Il pourrait à terme supplanter les agences de publicité traditionnelles et donc l’ensemble des créatifs pourrait se retrouver à travailler de longues heures en risquant de n’être jamais rémunéré. Ces derniers vont donc avoir du pain sur la planche, à moins que la motivation intrinsèque ne suffise à faire vivre…

A lire ailleurs :

Sources :

(Source des images : http://crowdcommunity.de/wp-content/uploads/2014/07/Crowdsourcing_1-520×245.png http://www.cityam.com/sites/default/files/styles/medium/public/profiles/photos/francoispetavy.jpg)

Auteur : Valentin Favre