UNE SOCIÉTÉ EN RÉSEAU – LA THÉORIE DE MARK GRANOVETTER

Economiste américain, Mark Granovetter distingue les liens forts des liens faibles. L’ingéniosité de sa théorie a été de mettre en avant la force des liens faibles. Il considère ces derniers comme plus importants dans l’univers social.

Les liens dans un réseau

En 1973, Mark Granovetter publie un article dans l’American Journal of Sociology intitulé The Strength of Weak Ties. Cet article réapparaitra un an plus tard dans l’ouvrage du même auteur Getting a Job (1974).

AB et AC : liens forts ; BC : lien faible
AB et AC : liens forts ; BC : lien faible

Granovetter y distingue deux principaux types de liens dans un réseau, les liens forts (strong ties) d’une part et les liens faibles (weak ties) de l’autre. Les premiers représentent des rencontres fréquentes et des échanges approfondis. Ils concernent notamment les membres d’une famille. Les seconds sont des contacts brefs et occasionnels, qui servent surtout à mettre en contact.

L’argument de l’auteur repose sur l’idée que les « connaissances » (acquaintances pour reprendre le terme anglais utilisé par Granovetter), c’est-à-dire les liens faibles, amènent l’individu à avoir accès à un plus grand nombre d’informations. En effet, ce type de lien permet d’être connecté à un large nombre de personnes, et ce par des contacts indirects, mais aussi d’accéder à des informations ou des idées qui sont socialement plus distantes de l’individu.

Un des points forts de la théorie de Granovetter est la partie concernant la mobilité professionnelle. Il stipule que les liens faibles sont plus importants pour trouver un emploi, et ce en raison des caractéristiques mentionnées ci-dessus. Lors de sa recherche, Granovetter a interrogé un échantillon de d’individus pour savoir comment ils avaient trouvé leur travail. 56% ont répondu l’avoir obtenu par un contact qu’ils voyaient « occasionnellement » et 28% par un vu « rarement ». Les liens faibles permettent de lier des cercles différents, et donc d’accéder à des informations différentes. Ils créent alors ce qu’on peut appeler des « ponts locaux ». A l’inverse, les liens forts forment des réseaux confinés. Un individu muni de peu de liens faibles se retrouvera alors limité aux informations et nouvelles des membres « proches » de son réseau.

Cette vidéo présente de manière claire et synthétique la théorie de la force des liens faibles. En résumé, comme le dit l’auteur, il y a un paradoxe dans les relations sociales. Ce sont les individus avec lesquels nous sommes les moins liés qui nous ouvrent les plus de portes.

Les liens faibles à l’ère d’Internet

Fallery (2007), met en évidence l’importance que peuvent avoir ces liens faibles à l’ère d’Internet s’ils sont judicieusement utilisés. L’accroissement des TICs amène en effet une dimension encore plus vaste à ce concept de liens faibles. Fallery avance que cela peut permettre aux petites entreprises dont les moyens et les contacts sont limités de tisser des liens à l’international, et d’ainsi décupler leurs capacités.

En conclusion, la théorie de Mark Granovetter n’a pas perdu de sa pertinence sous l’évolution des TICs, bien au contraire ! En effet, les médias sociaux sont caractérisés par des liens faibles. Sur le nombre de personnes avec lesquelles on se trouve en contact, peu sont considérées comme proches. Et pourtant, ils permettent de mettre en contact des individus d’horizons géographiques et sociaux distincts, à la fois sur les plans personnels et professionnels.

Sources :

  • Fallery, B., Marti, C., « Vers des nouveaux types de réseaux sur Internet ? Les réseaux à liens faibles du dirigeant de petite entreprise », Management & Avenir, 13, 2007, p. 169 – 181. URL: http://www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2007-3-page-169.htm
  • Granovetter, M., « The Strength of Weak Ties », American Journal of Sociology, 78, 1973, p. 1360 – 1380. URL: https://sociology.stanford.edu/sites/default/files/publications/the_strength_of_weak_ties_and_exch_w-gans.pdf
  • Granovetter, M., « The Strength of Weak Ties : A Network Theory Revisited », Sociological Theory, 1, 1983, p. 201 – 233. URL: http://www.soc.ucsb.edu/faculty/friedkin/Syllabi/Soc148/Granovetter%201983.pdf

Source de l’image : http://www.melchior.fr/Les-reseaux-sociaux-s-introdui.11099.0.html

Source de la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=-Bm93gN1zJg

Auteur : Fama Charlotte