LA SOLUTION DANS LA FOULE

John Davis, n’ayant aucune expérience dans l’industrie pétrolière, a résolu en deux semaines un problème qui avait longtemps laissé perplexe des experts dans le domaine.

À court d’idées

L’institut américain pour la récupération du pétrole (OSRI) cherche les meilleurs moyens pour nettoyer la nappe de pétrole dans des environnements marins arctiques et subarctiques. Dans ces conditions glaciales, séparer le pétrole de l’eau est d’autant plus difficile, puisque le pétrole gèle de façon à former une masse visqueuse avec l’eau. En 2007, toujours à court d’idées pour faire face à ce problème, OSRI a décidé de faire appel à InnoCentive, une entreprise de crowdsourcing.

InnoCentive : entreprise de crowdsourcing

InnoCentive relie des organisations comme OSRI à une communauté mondiale de personnes qualifiées prêtes à se pencher sur des problèmes complexes et réels. Les organisations (ou ‘seekers’) publient des problèmes (ou ‘challenges’) sur le site web d’InnoCentive sous forme de concours avec des prix monétaires.

Pour participer au concours (ou devenir un ‘solver’) il suffit de créer un compte gratuit sur le site. Si le concours est techniquement ouvert à toute personne pouvant se connecter sur internet, sa communauté de 365 mille solvers est surtout composée de scientifiques, ingénieurs, professionnels et entrepreneurs venant de presque 200 pays. « Plus le problème est éloigné de l’expertise du ‘solver’, plus il est probable qu’il le résolve » a dit Karim R. Lakhani, professeur au Harvard Business School ayant étudié InnoCentive.



Cette affirmation s’exemplifie par le cas de John Davis, qui a utilisé son expertise dans l’industrie du ciment pour résoudre le problème d’OSRI.

Pour l’argent et le plaisir?

John a reçu $20,000 pour sa solution. Les prix sont normalement de $10,000 à $20,000 mais peuvent aller jusqu’à $2, 000,000. Si l’argent est effectivement la manière la plus sûre d’attirer des participants, il existe des autres motivations.

John a sous-ligné le plaisir que cela lui apporte de résoudre des problèmes. Ce plaisir peut provenir de la variété de compétences que le challenge invoque, la tangibilité du résultat, l’autonomie du travail, le feedback positif ou même le fait de trouver quelque chose pour passer le temps.

Mais il n’y a pas que l’argent et le plaisir qui motivent à participer. Il peut y avoir des facteurs liés à l’identification avec la communauté impliqué ou le désir d’établir des contacts sociaux. On peut aussi viser des bénéfices à long terme, comme développer sa réputation et compétences, ou simplement être motivé parce que la tâche reflète nos propres valeurs. (Kaufman, Schulze & Veit, 2011)

À la question ‘Why solve ?’ InnoCentive répond : pour avoir un impact positif sur le monde, exercer son cerveau, se faire de la promotion et gagner des prix – dans cet ordre.

A lire ailleurs : If You Have a Problem, Ask Everyone

Sources:

  • Brabham, D.C. (2008). Crowdsourcing, consulté le 29 novembre 2015, http://wtf.tw/ref/brabham.pdf
  • Dean, C. (2008). “If You Have a Problem, Ask Everyone”, The New York Times (online), consulté le 30 novembre 2015, http://www.nytimes.com/2008/07/22/science/22inno.html?pagewanted=1&_r=1.
  • Kaufmann, N., Schulze, T. and Veit D. (2011). « More than fun and money. Worker Motivation in Crowdsourcing – A study on Mechanical Turk », AMCIS Proceedings.
  • “About InnoCentive”, InnoCentive (online), consulté le 30 novembre 2015, https://www.innocentive.com/about-innocentive


Auteur: Jimena Lazarte

LE DROIT A L’OUBLI: PRENDRE UN NOUVEAU DEPART DANS UN MONDE QUI N’OUBLIE RIEN

L’effacement du passé est essentiel au développement et intégration de l’individu ainsi qu’à la santé même de la société.

Le passé est permanent

Homme ivre et dévasté
Nous risquons de créer une classe de personnes stigmatisées définitivement.

Le passé est devenu permanent. Avant le développement de l’ordinateur et puis de l’internet en tant qu’outils d’enregistrement, stockage, organisation et diffusion de contenus; la majorité de notre vie se déroulait inaperçue et les quelques données que nous laissions derrière nous n’avaient qu’une diffusion limité et se perdaient facilement dans des montagnes de fichiers en papier.

Si l’enregistrement de données sur nous par des services publics et privés n’a rien de nouveau, l’ampleur des données collectées et stockées ainsi que les moyens pour accéder et analyser ces données ont été bouleversées.

La longévité, voir immortalité, d’historiques de dettes, confrontations avec la loi, troubles psychologiques, affiliations douteuses, commentaires provocateurs ou même de photos embarrassantes – pour ne nommer que quelques exemples de données collectées – risque de créer une classe de personnes stigmatisés définitivement. (Marx, 1988 dans Blanchette et Johnson, 2002)

Il faut laisser de la place pour un nouveau départ

« Par l’effacement de mémoires externes, la société permet à l’individu d’évoluer vers un temps nouveau, de pouvoir apprendre de ses expériences passés et de modifier son comportement en se perfectionnant. » (Kim, 2012)

Accorder un ‘nouveau départ’ à des enjeux non seulement au niveau individuel mais aussi pour la société qui devra prendre en charge ces individus qui perdent leur emploi ou n’arrivent pas à obtenir du crédit du fait de leur passé. Aussi, nous devons prendre en compte les défis que cela pose à la démocratie lorsque les membres d’une société ont constamment peur des conséquences de tout acte non-conformiste. (Blanchette et Johnson, 2002)

Et la place de la transparence?

Si l’engagement sociétal à oublier activement certains éléments du passé est clé au développement de l’individu et à la santé même de la société, le même peut être dit en faveur de la transparence.

« A world in which individuals are not held accountable over time for the consequences of their actions will not produce the sense of responsibility that is just as necessary to a democratic society. » (Blanchette et Johnson, 2002)

Parfois nous avons besoin d’être rappelés de nos erreurs et parfois c’est la société qui a besoin d’être rappelé de nos erreurs pour se protéger de nous. Dans les deux cas, il est clair que ce qui est personnel doit parfois devenir public dans l’intérêt général.

En somme, la rétention externe d’informations personnelles est dangereuse et doit être régulé. Cette régulation doit prendre en compte les enjeux de l’oubli et de la transparence pour les individus et la société.

A lire ailleurs: The Web Means the End of Forgetting

Sources:

  • Jean-François Blanchette, Deborah Johnson, « Data retention and the panoptic society: The social benefits of forgetfulness », The Information Society, 18.1, 2002, pp. 33-45.
  • Sung do Kim, « L’écologie déséquilibrante de l’oubli chez Homo Numericus », Netcom [En ligne], 26-1/2 | 2012, mis en ligne le 02 décembre 2012, consulté le 06 octobre 2015. URL : http://netcom.revues.org/680

(Source de l’image: https://pixabay.com/en/alcohol-hangover-event-death-drunk-428392/)

Auteur: Jimena Lazarte