IDENTITE NUMERIQUE – Le recrutement par l’e-reputation

L’arrivée des réseaux sociaux a ouvert un nouveau terrain d’expression ouvert à tous. De l’euphorie sans limites des premières années, on arrive aujourd’hui à une période où l’on s’inquiète des effets négatifs possible de cette liberté sur nos vies.

Une vie privée à protéger

Depuis quelques années, les acteurs de la communication mettent les utilisateurs des réseaux sociaux en garde contre les traces numériques négatives que nous pouvons laisser derrière nous telles que les photos de soirées un peu trop alcoolisées, des critiques sur une entreprise ou des commentaires racistes. En effet, ces traces peuvent poser un problème durant le processus de recherche d’un travail bien que la quête d’informations personnelles ne soit pas l’objectif premier des recruteurs. Cependant, on peut le retrouver dans le top 5 des raisons qui poussent les recruteurs à utiliser les réseaux sociaux (Enquête du Blog du Modérateur) :

  • Chasser des candidats correspondants aux postes ouverts
  • Communiquer sur les recrutements de l’entreprise
  • Travailler la marque employeur de l’entreprise
  • Poster des offres d’emploi d’entreprise
  • Se renseigner sur les candidats qui postulent

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E-reputation en entretien d’embauche

Dès lors, la gestion de notre e-reputation est primordiale. En témoigne les nombreux sites et articles regorgeant de bons conseils à travers le web pour une bonne gestion de ses données personnelles et de l’image que l’on veut donner de soi sur la toile.

Respecter l’éthique professionnelle qui consiste à prendre en compte, lors du processus de recrutement, les compétences des candidats, et rien que les compétences

Pourtant, des initiatives sont mises en place pour établir des règles de l’art dans la manière de faire des recherches sur les candidats. Par exemple , un groupe de professionnels de la branche et faisant partie de l’association « A Compétences Egales » a décidé en 2010 de promouvoir une charte sur les « Réseaux sociaux, internet, vie privée et recrutement ». En signant ce texte, les entreprises s’engagent à :

  • ne diffuser que des offres d’emplois sur les réseaux sociaux ;
  • ne pas utiliser les réseaux sociaux pour rechercher des informations sur les candidats ;
  • encourager les acteurs du domaine du recrutement à respecter les conseils offerts par la charte.

Quelques entreprises ont déjà rejoint le mouvement et il est possible d’adhérer à cette charte via le site internet de l’association « A Compétences Egales ».

Prendre soin de sa e-reputation

Alors que faire pour se protéger contre une mauvaise e-reputation? Dans la pléthore de conseils que l’on trouve sur internet, il existe entre autres un livre « Cultiver son identité numérique » (consultable ici) qui prodigue de façon complète de nombreux conseils pour réussir la gestion de son identité numérique. Ceux-ci sont résumés dans cette image :

https://i0.wp.com/www.cndp.fr/crdp-besancon/uploads/RTEmagicC_7-points-pour-cultiver-son-ident-num.jpg.jpg?resize=452%2C223

Finalement, l’e-reputation est un élément primordial de l’identité numérique qu’il faut gérer dans un monde du travail où les réseaux sociaux sont devenus un nouveau canal de recrutement riche en informations. De plus, l’aspect conversationnel, que l’on retrouve dans un entretien par exemple, est souvent absent de ce type de recherche, c’est pourquoi notre présence en ligne doit être gérée comme une vitrine qui se doit d’encourager le recruteur à entrer.

A lire ailleurs :

(Sources des images : http://idata.over-blog.com/3/01/94/36/ereputation.JPG
http://www.cndp.fr/crdp-besancon/uploads/RTEmagicC_7-points-pour-cultiver-son-ident-num.jpg.jpg)

Auteurs : Aline Ecuyer

E-RÉPUTATION ET RECHERCHE D’EMPLOI : SOIGNER SON IDENTITÉ NUMÉRIQUE

A l’ère où les recruteurs sont adeptes de la « googlisation », les postulants se doivent de soigner leur e-réputation et d’en faire un atout. Tour d’horizon et conseils en 4 points.

Identité numérique et e-réputation : de quoi parle-t-on ?

L’identité numérique apparaît comme la somme des traces, conscientes ou non, qu’un individu laisse derrière lui lors de ses diverses navigations sur internet. Les moteurs de recherche tels que Google en donnent un reflet, parfois escamoté. La e-réputation, elle, correspond à ce qui est dit d’une personne (physique ou morale). Dès lors, les recruteurs ont appris à chercher les informations en dehors des sentiers battus, pour employer un personnel irréprochable, et on le sait. Alors comment bien s’y préparer ?

Une caricature qui résume malheureusement bien les pratiques des recruteurs
Une caricature qui résume malheureusement bien les pratiques des recruteurs

Comment soigner son identité numérique ?

A l’heure actuelle, l’usage des médias sociaux conduit à diffuser des informations personnelles pouvant échapper aux individus. En effet, ces dernières sont susceptibles d’être jugées par d’autres personnes : des décisions peuvent être prises à propos de l’employabilité d’un individu sans qu’il en soit informé. Il est de ce fait impératif pour les demandeurs d’emploi d’être averti de cette pratique des recruteurs : la presque totalité des entreprises profilent l’identité des candidats sur internet. Pourquoi s’en priver ? Il s’agit d’informations supplémentaires gratuites ! Dès lors, il faut pouvoir tirer avantage de la situation.

Il est donc essentiel de pouvoir contrôler, mais surtout soigner son apparence virtuelle. Voici quatre conseils pour maintenir une « bonne » identité numérique:

  • « name googling »: cela peut paraître narcissique, mais « l’auto-googlisation » est un geste qui permet de connaître les informations reliées à son identité numérique, il s’agit donc d’en prendre connaissance pour pouvoir les modérer ;
  • nettoyage : il est devenu aujourd’hui indispensable de paramétrer la confidentialité des comptes en séparant le privé du professionnel. Il est aussi préférable de supprimer tout contenu susceptible de nuire à la e-réputation ;
  • stratégie de visibilité : attention toutefois à ne pas tout faire disparaître ! Certains employeurs sont suspicieux à l’égard de l’absence de présence sur internet. De plus, certains domaines comme la communication et le marketing requièrent de s’être emparé au préalable des outils du web et d’en avoir une bonne expérience;
  • sélection des médias sociaux : il s’agit de développer son identité numérique sur les médias sociaux les plus pertinents. Cependant créer un compte dans la seule optique d’en posséder un peut se révéler infructueux : il faut y être actif et mettre à jour régulièrement ses informations sans toutefois trop en révéler.

Internet est un outil permettant à tout un chacun de se mettre en avant de manière pertinente dans le cadre de la recherche d’emploi, le tout étant de paraître sous son meilleur jour sans trop en dire. En effet, une gestion mesurée de son e-réputation permet de donner une bonne image de soi et d’acquérir un atout supplémentaire auprès des recruteurs. La présence d’informations sur le web à propos d’un individu n’en fait donc pas systématiquement une faiblesse.

Pour aller plus loin :

A lire ailleurs :

(Source des images :https://www.artionet.ch/fr/Blog/Services-Web-20/Comment-gerer-l-identite-numerique-d-un-defunt.html / http://technotendency.over-blog.com/article-reseaux-sociaux-gros-plan-sur-l-e-reputation-76189199.html)

 

Auteur : Sarah Pellaton

UNE SOCIÉTÉ EN RÉSEAU – LA THÉORIE DE MARK GRANOVETTER

Economiste américain, Mark Granovetter distingue les liens forts des liens faibles. L’ingéniosité de sa théorie a été de mettre en avant la force des liens faibles. Il considère ces derniers comme plus importants dans l’univers social.

Les liens dans un réseau

En 1973, Mark Granovetter publie un article dans l’American Journal of Sociology intitulé The Strength of Weak Ties. Cet article réapparaitra un an plus tard dans l’ouvrage du même auteur Getting a Job (1974).

AB et AC : liens forts ; BC : lien faible
AB et AC : liens forts ; BC : lien faible

Granovetter y distingue deux principaux types de liens dans un réseau, les liens forts (strong ties) d’une part et les liens faibles (weak ties) de l’autre. Les premiers représentent des rencontres fréquentes et des échanges approfondis. Ils concernent notamment les membres d’une famille. Les seconds sont des contacts brefs et occasionnels, qui servent surtout à mettre en contact.

L’argument de l’auteur repose sur l’idée que les « connaissances » (acquaintances pour reprendre le terme anglais utilisé par Granovetter), c’est-à-dire les liens faibles, amènent l’individu à avoir accès à un plus grand nombre d’informations. En effet, ce type de lien permet d’être connecté à un large nombre de personnes, et ce par des contacts indirects, mais aussi d’accéder à des informations ou des idées qui sont socialement plus distantes de l’individu.

Un des points forts de la théorie de Granovetter est la partie concernant la mobilité professionnelle. Il stipule que les liens faibles sont plus importants pour trouver un emploi, et ce en raison des caractéristiques mentionnées ci-dessus. Lors de sa recherche, Granovetter a interrogé un échantillon de d’individus pour savoir comment ils avaient trouvé leur travail. 56% ont répondu l’avoir obtenu par un contact qu’ils voyaient « occasionnellement » et 28% par un vu « rarement ». Les liens faibles permettent de lier des cercles différents, et donc d’accéder à des informations différentes. Ils créent alors ce qu’on peut appeler des « ponts locaux ». A l’inverse, les liens forts forment des réseaux confinés. Un individu muni de peu de liens faibles se retrouvera alors limité aux informations et nouvelles des membres « proches » de son réseau.

Cette vidéo présente de manière claire et synthétique la théorie de la force des liens faibles. En résumé, comme le dit l’auteur, il y a un paradoxe dans les relations sociales. Ce sont les individus avec lesquels nous sommes les moins liés qui nous ouvrent les plus de portes.

Les liens faibles à l’ère d’Internet

Fallery (2007), met en évidence l’importance que peuvent avoir ces liens faibles à l’ère d’Internet s’ils sont judicieusement utilisés. L’accroissement des TICs amène en effet une dimension encore plus vaste à ce concept de liens faibles. Fallery avance que cela peut permettre aux petites entreprises dont les moyens et les contacts sont limités de tisser des liens à l’international, et d’ainsi décupler leurs capacités.

En conclusion, la théorie de Mark Granovetter n’a pas perdu de sa pertinence sous l’évolution des TICs, bien au contraire ! En effet, les médias sociaux sont caractérisés par des liens faibles. Sur le nombre de personnes avec lesquelles on se trouve en contact, peu sont considérées comme proches. Et pourtant, ils permettent de mettre en contact des individus d’horizons géographiques et sociaux distincts, à la fois sur les plans personnels et professionnels.

Sources :

  • Fallery, B., Marti, C., « Vers des nouveaux types de réseaux sur Internet ? Les réseaux à liens faibles du dirigeant de petite entreprise », Management & Avenir, 13, 2007, p. 169 – 181. URL: http://www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2007-3-page-169.htm
  • Granovetter, M., « The Strength of Weak Ties », American Journal of Sociology, 78, 1973, p. 1360 – 1380. URL: https://sociology.stanford.edu/sites/default/files/publications/the_strength_of_weak_ties_and_exch_w-gans.pdf
  • Granovetter, M., « The Strength of Weak Ties : A Network Theory Revisited », Sociological Theory, 1, 1983, p. 201 – 233. URL: http://www.soc.ucsb.edu/faculty/friedkin/Syllabi/Soc148/Granovetter%201983.pdf

Source de l’image : http://www.melchior.fr/Les-reseaux-sociaux-s-introdui.11099.0.html

Source de la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=-Bm93gN1zJg

Auteur : Fama Charlotte

Consumer made et e-participation : la production du Fairphone

Avec le consumer made, le consommateur prend part au processus de création d’un produit : un concept appliqué au Fairphone.

À l’écoute du nouveau consommateur

Les relations entre producteur et consommateur sont en profonde mutation. En effet, le consommateur joue un rôle de plus en plus actif et s’implique ainsi dans la création, la production et la promotion du produit qu’il désire acquérir. Le consumer made vise à collaborer avec les consommateurs afin de « modifier ou d’améliorer l’offre des entreprises et d’arriver ainsi à une création originale » (Cova, 2008).

À travers le concept du consumer made, il est possible de distinguer quatre approches managériales : la co-innovation, la co-détermination, la co-production et la co-promotion. Chacune de ces approches intègre le consommateur dans les activités de l’entreprise, ainsi Fairphone a opté pour la co-détermination, qui consiste à ouvrir un dialogue avec le consommateur pour connaître ses besoins et ses envies.

Fairphone : l’engouement pour un smartphone éthique

Le Fairphone est une petite révolution à lui tout seul : un téléphone uniquement vendu en ligne et qui n’est disponible auprès d’aucun opérateur. À l’origine de ce projet, une start-up néerlandaise qui voulait uniquement mettre en place une campagne de sensibilisation sur la provenance des métaux présents dans les smartphones. L’idée d’un portable répondant aux préoccupations éthiques des consommateurs apparaît et l’entreprise met en place un site Internet pour faire du crowdfunding.

En trois semaines, l’entreprise récolte 10 000 précommandes, un succès fulgurant pour un téléphone qui n’existe que virtuellement. Les consommateurs se montrent prêts à débourser une somme considérable et à faire confiance à la société qui n’a aucune expérience en la matière. Aujourd’hui 60 000 modèles de Fairphone ont déjà été écoulés et une deuxième version du téléphone est en préparation, avec 17 000 pièces d’or et déjà précommandées.

L’entreprise a non seulement écouté le consommateur pour déceler le besoin pour un produit qui n’était pas encore sur le marché, mais elle a également demandé à celui-ci de participer au financement de son futur téléphone. De plus, entre les deux versions du Fairphone, la société a recueilli les avis et suggestions des consommateurs sur les médias sociaux afin d’améliorer son produit. Une réussite qui démontre les effets positifs d’un dialogue soutenu entre consommateurs et producteurs.

À lire ailleurs :

Auteur : Aude Ratzé

La théorie des liens faibles au temps des médias sociaux

Le sociologue américain Mark Granovetter théorisait en 1973 la force des liens faibles dans les relations sociales. Comment ce concept a-t-il changé et évolué avec l’apparition des médias sociaux?

La théorie des liens faibles de Granovetter fait référence à la possibilité d’exploiter les soi-disant weak ties, pour la recherche d’un emploi et la création d’un réseau plus ample de connaissances. Cette théorie a acquis encore plus d’importance avec l’arrivée des médias sociaux et surtout dès la découverte des potentiels avantages personnels liés à son exploitation qui l’a rendue encore plus actuelle.

Network
L’importance des liens faibles dans le Networking

Les liens faibles dans le contexte professionnel ont été recherchés par le sociologue américain Mark Granovetter en 1973. Il a demandé à un échantillon aléatoire de professionnels – qui venaient de changer d’emploi – comment ils ont trouvé leur nouveau poste. Parmi ceux affirmant avoir trouvé le job à l’aide de contacts, le 55% a attesté l’avoir obtenu grâce à des personnes qu’ils voyaient « occasionnellement » et le 27% par des contacts qu’ils rencontraient « rarement ». Autrement dit la plupart des interviewés ont trouvé leur nouvel emploi grâce à des liens faibles.

Les weak ties représentent les relations les plus éloignées de notre réseau personnel, à savoir des personnes qui – au contraire de nos strong ties – ont des intérêts et des contacts diversifiés de notre cercle plus proche, et qui ont donc un accès élargi aux différentes opportunités du marché.

Les liens faibles au temps des médias sociaux

Mais quelle est l’application de cette théorie, après l’arrivée des médias sociaux ? Est-elle encore plus d’actualité grâce aux nouveaux moyens de communication?

“If you don’t have a profile on LinkedIn, you’re no where” – Jessi Hempel, FORTUNE magazine

A ce propos, une étude de l’Université Carnegie Mellon de Pittsburgh a analysé les nouvelles dynamiques du networking au temps du Web 2.0. Les médias sociaux fournissent un réseau élargi pour la recherche d’un emploi. En effet, les recruteurs ont la faculté de localiser les amis des amis des amis plus facilement et plus vite que jamais. Au delà de ça, pour ceux qui sont à la recherche d’un job, le réseau total de contacts croît exponentiellement en facilitant l’accès aux différentes opportunités.

Selon les enquêteurs, les médias sociaux renforcent aussi le capital social de l’individu en lui permettant de maintenir un nombre croissant de relations. Les auteurs ont analysé la quantité et le type de relations instaurées sur deux médias sociaux, à savoir Facebook et LinkedIn. Bien que le nombre de liens par personne reste environ le même pour les deux – 135 pour Facebook et 146 pour LinkedIn – la nature de ceux-ci est toutefois différente. En moyenne, ces usagers ont 48 strong ties sur Facebook, et seulement 15 sur LinkedIn. Donc, selon la thèse de Granovetter, ces 131 contacts de LinkedIn seront plus utiles pour trouver un emploi que les 15 liens forts.

Les médias sociaux deviennent aujourd’hui un moyen pour augmenter son propre réseau de connaissances et cultiver ses propres liens faibles de manière encore plus étendue. La théorie de Granovetter devient ainsi plus qu’actuelle dans le domaine de la recherche d’emploi en exploitant le networking.

Sources:

  • Garg, R.; Telang, R.; Bowman, D.; Johannsen, M. (2010): Job Search on Online Social Networks. URL: http://www.andrew.cmu.edu/user/rgarg/linkedin/Research_Report%20-%20Linking_on_LinkedIn.pdf.
  • Grenovetter, M. (1973): The Strenght of Weak Ties. En: American Journal of Sociology, Vol. 78, Issue 6. URL: https://sociology.stanford.edu/sites/default/files/publications/the_strength_of_weak_ties_and_exch_w-gans.pdf.
  • Hoffman, R. (2012): Allies and Acquaintances: Two Key Types of Professional Relationship. URL: https://www.linkedin.com/pulse/20121126205355-1213-allies-and-acquaintances-two-key-types-of-professional-relationships?trk=mp-reader-card.
  • Walk, H. (2013): Weak Ties Are The Most Powerful: Meet Folks Outside of Social Groups. URL: https://www.linkedin.com/pulse/20131021232037-7298-weak-ties-are-the-most-powerful-meet-folks-outside-of-your-social-graph.

Source de l’image:

  • Walk, H. (2013): Weak Ties Are The Most Powerful: Meet Folks Outside of Social Groups. URL: https://www.linkedin.com/pulse/20131021232037-7298-weak-ties-are-the-most-powerful-meet-folks-outside-of-your-social-graph.

(Auteur: Alessandra Vismara)

 

LE DROIT A L’OUBLI: PRENDRE UN NOUVEAU DEPART DANS UN MONDE QUI N’OUBLIE RIEN

L’effacement du passé est essentiel au développement et intégration de l’individu ainsi qu’à la santé même de la société.

Le passé est permanent

Homme ivre et dévasté
Nous risquons de créer une classe de personnes stigmatisées définitivement.

Le passé est devenu permanent. Avant le développement de l’ordinateur et puis de l’internet en tant qu’outils d’enregistrement, stockage, organisation et diffusion de contenus; la majorité de notre vie se déroulait inaperçue et les quelques données que nous laissions derrière nous n’avaient qu’une diffusion limité et se perdaient facilement dans des montagnes de fichiers en papier.

Si l’enregistrement de données sur nous par des services publics et privés n’a rien de nouveau, l’ampleur des données collectées et stockées ainsi que les moyens pour accéder et analyser ces données ont été bouleversées.

La longévité, voir immortalité, d’historiques de dettes, confrontations avec la loi, troubles psychologiques, affiliations douteuses, commentaires provocateurs ou même de photos embarrassantes – pour ne nommer que quelques exemples de données collectées – risque de créer une classe de personnes stigmatisés définitivement. (Marx, 1988 dans Blanchette et Johnson, 2002)

Il faut laisser de la place pour un nouveau départ

« Par l’effacement de mémoires externes, la société permet à l’individu d’évoluer vers un temps nouveau, de pouvoir apprendre de ses expériences passés et de modifier son comportement en se perfectionnant. » (Kim, 2012)

Accorder un ‘nouveau départ’ à des enjeux non seulement au niveau individuel mais aussi pour la société qui devra prendre en charge ces individus qui perdent leur emploi ou n’arrivent pas à obtenir du crédit du fait de leur passé. Aussi, nous devons prendre en compte les défis que cela pose à la démocratie lorsque les membres d’une société ont constamment peur des conséquences de tout acte non-conformiste. (Blanchette et Johnson, 2002)

Et la place de la transparence?

Si l’engagement sociétal à oublier activement certains éléments du passé est clé au développement de l’individu et à la santé même de la société, le même peut être dit en faveur de la transparence.

« A world in which individuals are not held accountable over time for the consequences of their actions will not produce the sense of responsibility that is just as necessary to a democratic society. » (Blanchette et Johnson, 2002)

Parfois nous avons besoin d’être rappelés de nos erreurs et parfois c’est la société qui a besoin d’être rappelé de nos erreurs pour se protéger de nous. Dans les deux cas, il est clair que ce qui est personnel doit parfois devenir public dans l’intérêt général.

En somme, la rétention externe d’informations personnelles est dangereuse et doit être régulé. Cette régulation doit prendre en compte les enjeux de l’oubli et de la transparence pour les individus et la société.

A lire ailleurs: The Web Means the End of Forgetting

Sources:

  • Jean-François Blanchette, Deborah Johnson, « Data retention and the panoptic society: The social benefits of forgetfulness », The Information Society, 18.1, 2002, pp. 33-45.
  • Sung do Kim, « L’écologie déséquilibrante de l’oubli chez Homo Numericus », Netcom [En ligne], 26-1/2 | 2012, mis en ligne le 02 décembre 2012, consulté le 06 octobre 2015. URL : http://netcom.revues.org/680

(Source de l’image: https://pixabay.com/en/alcohol-hangover-event-death-drunk-428392/)

Auteur: Jimena Lazarte

 

L’IDENTITE NUMERIQUE POST-MORTEM : UNE NOUVELLE NOTION A GERER

Comment gérer l’identité numérique et toutes les données d’une personne sur le Web, lorsque celle-ci décède ? C’est une nouvelle question à laquelle les médias sociaux doivent trouver des solutions. 

Notre identité numérique est la somme de nos traces sur internet.
Notre identité numérique est la somme de nos traces sur internet.

Facebook et sa gestion des profils post-mortem 

Notre identité numérique est la somme de toutes nos traces laissées sur internet, donc tous nos mouvements et actions sur le Web. Ceci soulève une nouvelle question : qu’advient-il de toutes ces traces lorsque nous décédons ? La littérature et les recherches concernant ce sujet sont encore très minces, mais elles soulèvent déjà d’importantes problématiques, par exemple dans cette citation de Fanny Georges, Virginie Julliard, Hélène Bourdeloie et Nelly Quemener :

On peut s’interroger sur les enjeux symboliques, éthiques, sociaux, juridiques et économiques de ces nouvelles représentations de la mort qui […] invitent à concevoir de nouvelles formes d’éternités numériques.

Un exemple important de ces traces est le profil Facebook que nous créons lorsque nous nous inscrivons sur le site. Toutes nos photos, nos statuts, nos messages, ou encore nos mentions « like » forment une grande partie de notre identité numérique

En 2009, Facebook avait mis en place un système permettant aux proches d’une personne décédée de faire une demande afin de transformer le profil en une page commémorative. Seuls les amis avaient ensuite accès à la page. En 2014, le site a changé sa politique et a décidé de laisser les pages des anciens utilisateurs en l’état, afin que tout le monde y ait accès, et également de proposer des vidéos « Look Back » qui permettaient aux proches de revivre les instants forts partagés par le/la défunt(e).

Facebook est en train de lancer un système, permettant de choisir un hériter de notre profil.
Facebook est en train de lancer un système permettant de choisir un hériter pour notre profil.

En 2015, le média social a annoncé qu’une nouvelle fonction serait bientôt disponible. En effet, les utilisateurs pourront prochainement gérer les paramètres et décider de l’avenir de leur profil après leur mort, notamment en nommant une personne en tant qu’héritière du profil. Elle pourra alors gérer la page, mais ne pourra pas lire les messages personnels, ni se faire passer pour la personne décédée.

La question de l’identité numérique post-mortem est très récente, vu que les premières mesures prises par Facebook datent de fin 2009. En six ans, le site a déjà changé trois fois de méthode pour gérer ces cas, et cela démontre qu’aucune solution optimale n’a pour le moment été trouvée.

Remembr.com, un exemple de site mémorial

Créer une page commémorative personnelle - simple et gratuit.
Créer une page commémorative personnelle – simple et gratuit.

Il existe plusieurs sites mémoriaux sur internet, permettant aux proches d’une personne décédée de lui créer une page et de partager des souvenirs. Un exemple récent est le site www.remembr.com qui n’est en ligne que depuis cette année.  La plateforme permet de créer une page commémorative et de la partager avec les proches, afin que chacun puisse partager des souvenirs, sous forme de photos, vidéos, messages, histoires, ou encore en musique.

Que ce soit à travers les médias sociaux qui travaillent afin de trouver la meilleure gestion possible des données du défunt, ou les sites mémoriaux qui proposent des plateformes d’échange de souvenirs sous forme de « cyber-cimetières », la notion d’identité numérique post-mortem est de plus en plus présente et met le Web à l’épreuve de trouver des solutions.

A lire ailleurs :

 

(Sources des images : http://web-tech.fr/wp-content/uploads/2012/03/identit%C3%A9-num%C3%A9rique1.png

http://www.leblogducommunicant2-0.com/wp-content/uploads/2015/06/Mort-Legacy-Facebook.jpg

https://www.remembr.com/images/faqen/1.png)

Auteur : Anaïs Henry